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17 novembre 2006 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Inauguration du Musée de la Légion d'honneur : des militants de Reporters sans frontières protestent contre l'attribution de cette décoration à Vladimir Poutine en portant la Légion d'honneur, malgré l'interdiction


Reporters sans frontières a été scandalisée par l'élévation à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur du président russe, Vladimir Poutine, en septembre dernier. L'organisation considère qu'un “prédateur de la liberté de la presse” est indigne de cette décoration. Ses militants protestent en arborant les insignes de l'ordre.
читать на русском Le président de la République française, Jacques Chirac, a inauguré, le 17 novembre 2006, le musée national de la Légion d'honneur, à Paris, qui rouvre ses portes au public après cinq ans de fermeture pour travaux. Ce lieu est dédié non seulement à l'histoire des décorations, mais aussi aux hommes et aux femmes qui les ont portées. “En tant que citoyens français, l'attribution à un chef d'Etat comme Vladimir Poutine de la plus haute distinction du pays nous révolte. L'attribution de la Légion d‘honneur à une personnalité étrangère récompense “les services rendus à la France ou aux causes qu'elle soutient”. Depuis l'arrivée au pouvoir en mars 2000 du président russe, vingt et un journalistes ont été tués (Anna Politkovskaïa, Paul Klebnikov, Valéri Ivanov, Alexeï Sidorov, etc.) en raison de leurs activités professionnelles, dans un climat d‘impunité alarmant. Que cette décoration puisse être attribuée à un homme ayant démontré par ses actes et ses déclarations un mépris absolu de la liberté d'expression et plus généralement des droits de l'homme, est proprement scandaleux. Nous considérons que nous sommes plus dignes que Monsieur Poutine d'être élevés au rang de Chevalier de la Légion d‘honneur. Pour protester contre la décoration par la France d'un “prédateur de la liberté de la presse”, nous avons choisi de porter nous aussi les insignes de l'ordre, en violation assumée de l'article 433-7 du code pénal”, a déclaré l'organisation de défense de la liberté de la presse. Une vingtaine de militants de l'organisation se sont réunis devant le musée de la Légion d'honneur le 17 novembre 2006. Repoussés par la police et retenus à bonne distance du musée, ils arboraient tous l'insigne de la Légion d‘honneur pour protester contre la décoration du président russe. Des pancartes et des banderoles rappelaient que Vladimir Poutine est un “prédateur de la liberté de la presse” et qu'Anna Poitkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006, est la dernière victime de la violence à l'égard des journalistes en Russie. Le 20 octobre 2006, Reporters sans frontières a saisi le Conseil d'Etat et le président de la République, en sa qualité de Grand Maître de l'ordre de la Légion d'honneur, pour que Vladimir Poutine soit démis de son titre de Grand-Croix (distinction la plus élevée) qui lui avait été décerné le 22 septembre. Le président de la Fédération russe a notamment déclaré dans le passé “vouloir buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes”, qualifié les médias indépendants de “moyens de désinformation de masse et d'outil de lutte contre l'Etat”, et proposé à un journaliste français “une circoncision à Moscou de façon à ce que rien ne repousse”.