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21 septembre 2016

Il y a 15 ans, l’Erythrée éradiquait la presse libre

A l’occasion des 15 ans de la fin de la presse libre, Reporters sans frontières (RSF) rend hommage aux 11 journalistes raflés et détenus sans charges dans des conditions inhumaines depuis ce sombre mois de septembre 2001. Reporters sans frontières demande à l’Union européenne, qui tente de normaliser ses relations avec Asmara, de ne pas fermer les yeux sur ce qui constitue des crimes contre l’humanité et une atteinte fondamentale aux droits des population érythréennes.

Voici 15 ans ce mois-ci que la presse libre n'existe plus en Erythrée. Le 18 septembre 2001, le gouvernement d'Issayas Afeworki, ex-héros de la révolution, viré dictateur, rafle l'ensemble de l'opposition politique qui avait osé publier une lettre ouverte dans les médias privés demandant l'application de la Constitution et la tenue d'élections. Une semaine plus tard, les rédacteurs en chef de tous les médias indépendants sont arrêtés à leur tour. Détenus à Asmara sans charges et sans jugements, ils entament une grève de la faim. Afin de les soustraire aux regards indignés et préoccupés de leur familles et de leurs compatriotes, ils sont alors transférés dans un lieu de détention isolé, le complexe d'EiraEiro. Leurs familles ne les ont jamais plus revus. Des 11 journalistes arrêtés ce mois de septembre, sept seraient morts en détention. Restent Dawit Isaak, Seyoum Tsehaye, Temesgen Gebreyesus et Emanuel Asrat. RSF a porté leurs cas devant le Groupe de travail de l'ONU pour les disparitions forcées.


“Nous demandons au président Afeworki de cesser de s’entêter dans ces pratiques arbitraires et liberticides et de libérer les journalistes qui demeurent emprisonnés, déclare Reporters sans frontières. Au nom de la sécurité du pays et de l’éternel conflit avec l’Ethiopie, les libertés des citoyens érythréens sont continuellement bafouées depuis 15 ans. Le président soutient avoir pour priorité le développement de son pays. Or il ne peut y avoir de développement durable sans une société ouverte, où la justice fonctionne et où les libertés sont respectées.”


“RSF adresse aussi ce message aux gouvernements de l’Union européenne qui négocient une normalisation des relations avec Asmara sans poser la question des prisonniers politiques et des droits de l’Homme. Il y a 15 ans jour pour jour était arrêté le journaliste Seyoum Tsehaye. Un exemple parmi d’autres: il reste au moins 15 journalistes détenus arbitrairement en Erythrée. Cependant, aucune information ne pouvant sortir du pays, leur nombre est probablement supérieur. L’Union européenne ne peut fermer les yeux sur les exactions innombrables du régime érythréen. En juin 2016, un rapport du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU les a qualifiées de “crimes contre l’humanité”. L’Union européenne ne saurait adopter une position de conciliation vis-à-vis du régime d’Issayas Afeworki.”


En juin 2015, RSF a déposé une plainte contre X au nom des filles du journalistes Seyoum Tsehaye auprès de la justice française, mais la justice a dit ne pas avoir compétence à agir.


De leur côté, les gouvernements occidentaux semblent pencher vers une normalisation de leurs relations avec Asmara, visiblement afin de contenir le flot de réfugiés érythréens qui quittent le pays par milliers chaque mois afin d'échapper à la conscription à vie qui les menace.


Pourtant en juin 2016, la commission d'enquête des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Erythrée a conclu que les situations qui s'y déroulent, constituent des crimes contre l'humanité, notamment au regard des disparitions forcées de journalistes et d'hommes politiques.


En ce triste anniversaire de l'arrestation du journaliste Seyoum Tsehaye, et pour dénoncer l'absence de toute presse libre en Erythrée, RSF modifie son logo .



L’Erythrée occupe depuis huit années consécutives la dernière place sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.