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28 février 2020 - Mis à jour le 2 mars 2020

Grèce : RSF dénonce la censure de l'audiovisuel public grec ERT sur des reportages consacrés à de nouveaux camps de migrants

Lesbos / AFP
Alors que les manifestations se multiplient sur plusieurs îles grecques en raison de l'arrivée d’un nouvel afflux de migrants, les correspondants régionaux de la radio et de la télévision publique grecque ERT ne sont plus en mesure de publier des articles témoignant des affrontements des habitants avec la police sans avoir préalablement obtenu l’aval de leur direction. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette censure exercée à l’encontre de journalistes qui informent sur un sujet crucial d’intérêt public.

La censure a commencé après qu’une journaliste a publié un article sur les violents affrontements qui opposent depuis plusieurs jours les résidents de l’île grecque de Lesbos et la police anti-émeute au sujet des nouveaux camps de migrants situés sur l'île.  Alors que les correspondants régionaux du site internet de la radio et de la télévision publique ERT jouissaient jusqu’ici d’une certaine autonomie dans le choix des articles publiés, les responsables de l’ERT ont demandé à la journaliste de retirer son article. La journaliste a refusé de se soumettre aux injonctions. Quelques heures plus tard, ses collègues ont réalisé qu’ils ne pouvaient publier leurs articles sans les adresser au préalable à la direction. Ce changement de procédure a d’ailleurs été confirmée par le responsable des informations de l’ERT, Yiannis Daskalakis, au directeur de la station de radio régionale Michalis Messinis.

 

La censure exercée par la direction de l'ERT sur le travail de journalistes en première ligne de la crise migratoire doit cesser, déclare Pauline Adès-Mével, rédactrice en chef de RSF. Compte tenu de l’ampleur et de l’intensité des affrontements anti-migrants qui secouent plusieurs îles grecques, il est essentiel que les journalistes locaux puissent rapporter librement les incidents et offrir une information complète et transparente aux citoyens.”

  

Malgré le tour de vis opéré par le premier ministre en matière de demande d'asile et d’obtention de titres de séjour, le nombre de migrants ne cesse d’augmenter. Le sujet cristallise de plus en plus la société grecque et les journalistes qui enquêtent sur la crise migratoire s’exposent à des pressions et des menaces croissantes. Il y a quelques semaines, le journaliste allemand Thomas Jacobi avait été agressé par des militants d’extrême-droite durant une manifestation anti-migrants à Athènes. En 2018, un journaliste travaillant sur la question des réfugiés à Lesbos avait été la cible de harcèlement en ligne de la part de militants d’extrême-droite, tandis que trois reporters enquêtant sur le même sujet étaient poursuivis en diffamation par le ministre de la Défense.

  

 La Grèce occupe aujourd’hui la 65e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de RSF.