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4 mars 2020

Grèce : Les autorités grecques et européennes doivent assurer la protection des journalistes attaqués par des habitants anti-migrants

Lesbos / AFP
Des  journalistes couvrant l’arrivée de migrants sur l’île de Lesbos en provenance de Turquie ont été agressés ces derniers jours par des habitants. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces entraves majeures à la liberté de la presse et appelle les autorités à garantir la sécurité des journalistes. 

Le 2 mars dans la soirée, un groupe d’habitants de Lesbos a jeté des pierres contre la voiture des journalistes allemands Julian Bush et Franziska Grillmeier. Les assaillants étaient masqués, habillés en noir et portaient des bâtons. Le correspondant de la télévision belge RTBF, Quentin Warlop, a lui aussi été malmené. 

 

Cette attaque fait suite à trois autres incidents. Un correspondant local du journal Der Spiegel, Giorgos Christides, a été menacé, harcelé et poursuivi alors qu’il était en voiture. Le photojournaliste allemand freelance Michael Trammer a été sérieusement blessé à la tête et ses caméras ont été jetées à la mer. Peu après, il a annoncé sur Twitter qu’il préférait quitter l’île car il ne s’y sentait plus en sécurité. Le photographe indépendant Raphael Knipping,  présent au moment de l’attaque, a lui aussi été frappé à coups de pieds et avec son trépied d’appareil photo. 

 

Malgré l’engagement pris par le premier ministre Kyriákos Mitsotákis de faire cesser les violences, la situation dégénère sur le terrain jour après jour, s’alarme Pauline Adès-Mevel, rédactrice en chef de RSF. Les autorités grecques et européennes doivent agir immédiatement et efficacement contre ce déchaînement de violences de la part des habitants, et assurer la sécurité des journalistes, afin qu’ils puissent couvrir ces événements majeurs. Ces attaques doivent être condamnées et sanctionnées.”

 

Ces agressions visent en priorité les membres des organisations  internationales de défense des migrants, accusés de faciliter le débarquement de ces nouveaux arrivants dans les îles grecques. Après l’annonce par le gouvernement d’Athènes du début de la construction de nouveaux centres d’accueil sur cinq îles de la mer Egée pour remplacer les anciennes installations surpeuplées, les habitants hostiles au projet se sont violemment opposés à la police anti-émeute.  C’est dans ce contexte tendu que des journalistes couvrant ces affrontements ont été à leur tour pris à partie. Ce phénomène est récurrent en Grèce : les journalistes couvrant les questions migratoires sont régulièrement attaqués par des groupes extrémistes.

 

La situation n’est pas meilleure dans la région d’Evros, le long de la frontière terrestre gréco-turque, où les autorités ont bloqué l’entrée de près de 10 000 migrants en seulement 24 heures. Un collaborateur de CNN Grèce, Kostas Pliakos, affirme qu’il a été frappé par des habitants et que son téléphone a été volé.

 

La Grèce occupe aujourd’hui la 65e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de RSF