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12 février 2021

Google Cloud : RSF dénonce l’ouverture de data centers en Arabie saoudite

Fabrice COFFRINI / AFP
Alors qu’à l’occasion de la journée mondiale pour un Internet plus sûr, Google lance au Moyen-Orient une campagne de sensibilisation à la protection de la vie privée sur internet, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la décision récente de l’entreprise d’étendre son réseau de data centers en Arabie saoudite : un projet motivé par des intérêts économiques au détriment de la protection des droits humains.

La campagne #SaferArabicInternet lancée par Google à l’occasion de la journée mondiale pour un Internet plus sûr vise à sensibiliser pendant une semaine les internautes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à la protection de la vie privée et de leurs données personnelles sur internet. Une campagne surprenante quand on se rappelle la décision annoncée par l’entreprise le 21 décembre dernier d’étendre son réseau de centres de données (“data centers”) dans trois nouvelles régions du monde, dont l’Arabie saoudite.

 

Cette décision fait suite à un accord conclu en décembre dernier avec le géant pétrolier saoudien Aramco après deux ans de discussions. Un premier protocole d’accord (“Memorandum of Understanding”) visant à explorer conjointement l’établissement de nouveaux services de cloud dans le pays avait été annoncé en 2018. Pourtant Google avait été l’une des principales entreprises du numérique à prendre ses distances avec le pays après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul en 2018, en se retirant d’une conférence rassemblant de nombreux investisseurs organisée à Riyad. RSF s’étonne de cette décision et appelle Google à mettre en place des garanties suffisantes pour protéger les données de la surveillance opérée par le royaume. 

 

“Les intérêts économiques ne doivent pas primer sur la protection des droits humains, dénonce la responsable technologies de RSF, Iris de Villars. Le pouvoir de Riyad a prouvé à maintes reprises qu’ils n'hésitent pas à les bafouer pour traquer et cibler les journalistes critiques. Le risque de surveillance est donc considérable. Nous appelons Google à mettre en place des garanties suffisantes pour protéger les données des utilisateurs, afin d'éviter que le gouvernement ne profite de cette situation pour accroître son pouvoir de surveillance et réduire au silence les voix dissidentes."

 

Ces dernières années, l’Arabie saoudite a conduit plusieurs opérations de surveillance ayant ciblé des journalistes. En novembre 2019, deux employés de Twitter ont été accusés par la justice américaine d’avoir extrait du système interne de Twitter des informations sensibles sur des opposants au Royaume. Parmi les 6 000 comptes ayant été accédés entre fin 2014 et début 2015 figurait celui d’Omar Abudlaziz, un opposant politique proche du journaliste Jamal Khashoggi.

 

L’Arabie saoudite est également soupçonnée d’avoir utilisé des logiciels espions à plusieurs reprises pour surveiller des dissidents. Le 20 décembre dernier, The Citizen Lab révélait qu’entre juillet et août 2020, des agents du gouvernement, probablement liés aux gouvernements de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, avaient utilisé le logiciel espion Pegasus du groupe NSO pour pirater 36 téléphones personnels appartenant à des journalistes, des producteurs, des présentateurs et des cadres d'Al Jazeera, ainsi que le téléphone personnel de Rania Dridi, journaliste de la chaîne de télévision Al Araby, basée à Londres.

 

Enfin, dans un rapport publié le 22 janvier, David Kaye, Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, et Agnes Callamard, Rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, avaient annoncé détenir des informations selon lesquelles le compte WhatsApp du prince héritier d’Arabie saoudite aurait déployé un logiciel espion en mai 2018 lui permettant d’exercer une surveillance sur le téléphone de Jeff Bezos, dans l’intention d’influencer ou d’empêcher la publication d’articles sur le royaume.

 

L’Arabie saoudite occupe la 170e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.