Actualités

5 février 2020 - Mis à jour le 14 février 2020

Géorgie : une responsable d’une chaîne publique locale démissionne sous la pression

Crédit : Adjara TV
Natia Zoïdze annonce avoir avoir été contrainte de démissionner de son poste de vice-directrice de la chaîne régionale Adjara TV. Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète d’un nouveau cas de pression politique qui menace le pluralisme et la liberté d’expression en Géorgie.

C’est la dernière victime de l’influence des patrons de presse et des politiques partisanes sur les rédactions géorgiennes. Natia Zoïdze a dû quitter son poste de directrice adjointe de la chaîne publique locale Adjara TV. Elle s’était plainte en décembre 2019 des tentatives de chantage du nouveau directeur, Gueorgui Kokhreïdze, pour modifier la ligne éditoriale. "Ma démission n’est pas volontaire", souligne la journaliste dans un post Facebook du 2 février, elle est le résultat d’un "processus politique". 


Dans un communiqué publié le lendemain, le syndicat alternatif de la chaîne a dénoncé une "entrave à l’indépendance éditoriale". Il ne s’agit pas selon lui d’un cas isolé : "le départ des cadres professionnels et intègres de la compagnie est devenu habituel". Le 30 septembre, après la nomination de leur nouveau directeur, des collaborateurs d’Adjara TV s’étaient exprimés contre son ingérence dans le travail de la rédaction. Leur mobilisation avait provoqué une manifestation de soutien le 6 octobre, à Batoumi.


"La démission de Natia Zoïdze est révélatrice d’une pression politique croissante sur les médias publics en Géorgie. En outre, de plus en plus de médias critiques ou indépendants sont mis sous tutelle par des proches du pouvoir, à l’instar de la chaîne Rustavi 2, déplore Jeanne Cavelier, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. A l’approche des élections législatives d’octobre 2020, nous demandons aux autorités géorgiennes de garantir l’indépendance et le pluralisme des médias, indispensables pour assurer la tenue d’un débat démocratique."


Les chaînes géorgiennes pâtissent des logiques partisanes. Le 24 décembre 2019, le ministère des Finances a entamé le recouvrement des dettes de plusieurs d’entre elles, suscitant les critiques de la société civile et de l’opposition envers le parti au pouvoir, "Rêve géorgien", sur ces sanctions sélectives. Le gouvernement a accepté le report du paiement des 15 millions d’euros dûs par les grandes chaînes privées Imedi TV et Rustavi 2, tandis que la pression financière sur les petites stations critiques telles que TV Kavkasia et TV Pirveli s’est renforcée.


La mise au pas de la chaîne Rustavi 2 au cours de l’année 2019 a bouleversé le paysage médiatique géorgien. Autrefois chaîne la plus regardée en Géorgie et héraut de l’opposition, Rustavi 2 a bouleversé sa ligne éditoriale à la suite de sa rétrocession en juillet à son ancien propriétaire, Kibar Khalvachi, par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ce revirement a entraîné la démission de la majeure partie de la rédaction. Limogé, l’ancien directeur général Nika Gvaramia a depuis été poursuivi par les autorités géorgiennes pour "abus de pouvoir". Celles-ci ont également poursuivi Avtandil Tsereteli, le père du fondateur de TV Pirveli.


La Géorgie occupe la 60e place sur 180 au Classement mondial 2019 de la liberté de la presse, établi par RSF.