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7 août 2018

Gambie : une équipe de journalistes agressée par des partisans de l’ancien président

L'ancien président Yahya Jammeh à Banjul en novembre 2011. PHOTO / SEYLLOU SEYLLOU / AFP
Deux journalistes de la radio et télévision nationale gambienne ont été attaqués alors qu’ils couvraient les obsèques de la mère de l’ex-président Yahya Jammeh. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités d’ouvrir une enquête et de ne pas laisser impunies les attaques contre les journalistes.

Yahya Jammeh est parti depuis janvier 2017, mais les attaques contre la presse, caractéristiques de l’ancien régime, n’ont pas complètement disparu. Samedi 5 août, Louis Mendy et Modou Ceesay, journalistes pour la GRTS, la radiotélévision nationale gambienne, se sont rendus dans le village de Bujinga pour y couvrir les obsèques de la mère de l’ancien président gambien. Sur place, Louis Mendy raconte que son collègue a reçu une claque et plusieurs coups alors qu’il tentait de filmer le cortège. Leur caméra a également été saisie par un groupe de personnes dont au moins une portait un brassard de sécurité au nom de l’APRC, l’ancien parti au pouvoir. Les deux journalistes sont finalement parvenus à prendre la fuite grâce à leur chauffeur arrivé sur les lieux. Ils ont ensuite déposé une plainte au commissariat de police.

“Il est urgent que les promesses en matière de liberté de la presse du nouveau régime se traduisent par des actes concrets, en commençant par une enquête sérieuse pour identifier et sanctionner les auteurs de cette agression, afin que cessent les vieux réflexes de l’ère Jammeh et ses attaques systématiques contre les journalistes, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Tant que le sentiment d’impunité dominera, les attaques continueront et les autorités ne parviendront pas à garantir un environnement sécurisé pour les journalistes.”


Dans un communiqué, le syndicat des journalistes gambiens (Gambian Press Union - GPU) a appelé la police à “traduire les responsables de cette attaque en justice” et les leaders des partis politiques à “sensibiliser leurs militants afin qu’ils ne considèrent plus les journalistes comme des ennemis”. Selon le GPU, la police et les partisans des partis politiques ont constitué “la plus importante menace pour la liberté de la presse” dans le pays depuis le départ de Yahya Jammeh.


Le 18 juin, Pa Modou Bojang, directeur de la radio Home Digital Fm avait été violemment frappé en marge d’une manifestation par des éléments de la police qui avaient exprimé leur nostalgie de l’ère Yahya Jammeh. Torturé pendant trois semaines dans les geôles de l’ancien dictateur en 2008, ce qu’il l’avait conduit en exil, ce journaliste était de retour en Gambie depuis cinq mois seulement lorsqu’il a été agressé.


Lors de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai dernier, Demba Ali Jawo, l’ex-ministre de l’Information et de la Communication, avait affirmé que le développement des libertés pour les médias “ne servirait à rien tant que l’impunité continuerait” et que seuls “la justice et l’Etat de droit permettent d’assurer la protection des journalistes”.


La Gambie (122e) a gagné 21 places, soit la plus grosse progression mondiale, dans le Classement 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.