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25 janvier 2019

“Football Leaks” : RSF demande aux autorités portugaises d’abandonner les poursuites contre Rui Pinto

© HENDRIK SCHMIDT / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE
Arrêté à Budapest le 16 janvier, le lanceur d’alerte à l’origine des révélations qui ont entraîné le scandale des “Football Leaks”, Rui Pedro Gonçalves Pinto est menacé d’extradition vers le Portugal, où il est accusé notamment de vol et d'extorsion de données, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités hongroises de ne pas extrader Rui Pinto et aux autorités portugaises de cesser toutes les poursuites à son encontre.

Visé par un mandat d’arrêt européen émis pas le Portugal, le lanceur d’alerte Rui Pedro Gonçalves Pinto a été arrêté en Hongrie le 16 janvier 2019. Accusé par les autorités de son pays de “tentative d’extorsion aggravée”, de “vol de données”, d”’accès illégitime” à des informations et de “violation de secrets”, il est menacé d’extradition. Il est pourtant à l’origine de révélations majeures qui ont permis aux autorités de plusieurs pays de lancer des enquêtes pénales dans le milieu du football.


A travers le réseau European Investigative Collaborations (EIC), le lanceur d’alerte a contribué à la révélation du scandale des “Football Leaks” en 2016 et en 2018 par l’intermédiaire de plusieurs médias, mettant ainsi à jour des faits de corruption et de graves malversations dans le monde du football. Ces révélations d’intérêt général sont d’une ampleur inédite et ont permis à plusieurs Etats, dont la France, d’ouvrir des enquêtes pour “blanchiment de fraudes fiscales aggravées”. Rui Pinto collabore aujourd’hui notamment avec le parquet national financier (PNF) en France et avec la justice suisse.


Alors même qu'il a annoncé sa volonté de “lancer des coopérations avec plusieurs procureurs en Europe”, Rui Pinto a été placé en résidence surveillée à son domicile à Budapest en attendant la prochaine audience, dans 60 jours, qui devrait trancher sur son extradition. Cette demande d'extradition du Portugal pourrait donc non seulement le mener à une condamnation, mais elle entraverait également les enquêtes lancées en France et en Suisse comme dans d'autres pays.


“Rui Pinto est à l'origine des révélations faites par les médias du réseau EIC. Ces informations, d’importance capitale, relèvent à l’évidence de l’intérêt public, déclare RSF. Il est indispensable qu’il soit protégé et puisse continuer à collaborer avec la justice. Nous demandons à la Hongrie de rejeter la demande d’extradition et au Portugal de cesser toutes les poursuites à son encontre. Nous appelons également les autorités françaises et suisses à lui apporter tout leur soutien.”


Une directive européenne sur la protection des lanceurs d’alerte est en cours de discussion entre les instances de l’Union européenne, pour laquelle RSF a formulé de nombreuses propositions. Ces dernières années, plusieurs scandales à répétition avaient mis en avant l’importance d’une protection accrue des lanceurs d’alerte, élargie au niveau européen.