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31 décembre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Fermeture imminente de la chaîne sibérienne indépendante TV-2


L’une des seules chaînes de télévision indépendantes de Sibérie occidentale, basée à Tomsk, sera contrainte le soir du 31 décembre 2014 de diffuser ses programmes uniquement sur le câble, d’ici sa fermeture totale programmée pour début février. Lâchée par son opérateur, la chaîne mettra alors fin à 23 ans de couverture indépendante de l’actualité dans la région.
L’année 2014 a été marquée par une pression croissante sur les médias russes qui échappent au contrôle direct du Kremlin. Si ces pressions se sont fait sentir surtout au niveau fédéral, visant des médias tels que la radio Ekho Moskvy, le site d’information Russkaïa Planeta et la chaîne de télévision Dozhd’, les régions ne sont pas épargnées. Fin novembre 2014, la chaîne TV-2 de Tomsk a été informée par son opérateur, le Réseau des télécommunications locales (RTRS) de la décision de ne plus prolonger le contrat de cette chaîne à partir du 1er janvier 2015. Une décision synonyme de liquidation de la chaîne. Dans un communiqué de presse, le RTRS justifie cette décision par l’attitude de TV-2, qui aurait “transgressé” l’accord entre les partenaires, faisant allusion à la réaction de TV-2 face à une précédente menace de fermeture. En avril 2014, le Service fédéral de surveillance des communications, Rozkomnadzor, avait menacé TV-2, touchée par un incident technique affectant le matériel de transmission de RTRS, de la priver de sa licence si sa retransmission n’était pas établie dans les brefs délais. Une forte mobilisation populaire à l’époque avait empêché la fermeture de la chaîne. Un représentant du RTRS a expliqué à Vedomosti, le 24 décembre dernier, que travailler avec un partenaire qui fait d’un incident technique une affaire politique, et pour ce fait mobilise les médias et la société, n’est plus envisageable pour son entreprise. La chaîne dénonce la décision du RTRS, jugée “absurde” et “non fondée juridiquement” car elle disposait de deux licences valides. Suite à l’annonce de la rupture du contrat, Rozkomnadzor a, à son tour, annulé la récente prolongation de la licence de TV-2 jusqu’en 2025, expliquant qu’il s’agissait d’une erreur technique. Ainsi, à partir de 1er janvier 2015, TV-2 sera obligé d’émettre uniquement sur le câble et ceci jusqu’au 8 février 2015, si Rozkomnadzor ne revient pas sur sa décision de prolonger la licence jusqu’à 2025 comme initialement prévu et confirmé en novembre. TV-2 attaque le RTRS et Rozkomnadzor en justice, la première audience étant prévue pour le 21 janvier 2015. “Reporters sans frontières dénonce une décision prise de manière unilatérale et arbitraire, qui met en péril l’existence d’une source d’information indépendante dans la région. Cette forme de répression, dissimulée en une querelle administrative, constitue une grave atteinte au droit à l’information et menace la pluralité de l’information” déclare Lucie Morillon, directrice des programmes chez Reporters sans frontières. “Nous demandons aux autorités locales ainsi qu’au directeur de Rozkomnadzor de s’abstenir de pression quelconque sur la chaîne et de rétablir les conditions nécessaires au fonctionnement de cette chaîne dans la région.” La fermeture de la chaîne a suscité de vives réactions à Tomsk où la première manifestation de soutien, le 14 décembre, a rassemblé plus que 4 000 manifestants. Le 21 décembre, des manifestations se sont tenues à Tomsk et à Moscou, chacune rassemblant quelques milliers de personnes. TV-2 a réussi à réunir 15 000 signatures autour d’une pétition dénonçant la fermeture de la chaîne, qui a été transmise au bureau présidentiel. Cette dernière a accusé réception et s’est engagé à y répondre le 21 février, ne respectant pas ainsi le délai légal de réponse, fixé à 30 jours après réception de la pétition. La chaîne diffuse en Sibérie occidentale depuis 1991. Sa couverture de qualité des actualités régionales, et son respect de l’éthique journalistique lui ont valu plusieurs récompenses, notamment 23 Prix audiovisuels russes (TEFI).