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30 juillet 2018 - Mis à jour le 31 juillet 2018

Etats-Unis : RSF exhorte les services d’immigration à libérer un journaliste cubain

Paul Ratje / AFP
Reporters sans frontières (RSF) appelle à la libération immédiate du journaliste cubain Serafin Moran Santiago, retenu dans un centre de détention à Pearsall, au Texas, depuis plus de trois mois.


Le journaliste cubain Serafin Moran Santiago a déposé une demande d’asile politique aux Etats-Unis, le 13 avril, après avoir été kidnappé, emprisonné et persécuté à Cuba en raison de son travail. Sur le territoire américain, il a immédiatement été arrêté par les services d’immigration américains (ICE), qui le retiennent à ce jour dans un centre de détention du sud du Texas depuis plus de trois mois. Ce reporter, dont la demande d’asile est toujours en attente, craint d’être attaqué, et même tué, s’il retourne à Cuba.

Sa peur a d’ailleurs été jugée “crédible” par les autorités américaines, via un test visant à vérifier la gravité des menaces qui pèsent sur les demandeurs d’asile fuyant les persécutions. La prochaine audience de Serafin Moran Santiago devant un tribunal est prévue le 12 octobre 2018.

Le journaliste, qui travaille pour Univision 23, Telemundo, Primavera Digital et TVMarti, a confié à RSF qu’il était dans le collimateur des autorités en raison de sa couverture de sujets politiques, notamment de bavures policières et d’atteintes aux droits de l’Homme. Il affirme avoir été kidnappé et battu en juin 2016 par les services de sécurité cubains après avoir critiqué les actions du gouvernement dans l’un de ses reportages. Il avait par ailleurs été arrêté le 2 septembre 2017, alors qu’il s’apprêtait à interviewer l’un des leaders du mouvement socialiste dissident à Cuba. Son matériel lui avait été confisqué.

Serafin Moran Santiago a fini par fuir son pays. Il s’est réfugié au Guyana puis au Mexique, où il est resté dans un centre pour réfugiés pendant un peu plus d’un mois avant que l’ambassade cubaine au Mexique commence à le prendre pour cible. Il a alors décidé de se rapprocher des Etats-Unis pour demander l’asile et a été immédiatement placé en détention. Serafin Moran Santiago bénéficie d’une aide juridique bénévole grâce à une association qui vient en aide aux réfugiés et aux immigrés. Il est également en contact régulier avec RSF.

Serafin Moran Santiago est venu aux Etats-Unis pour trouver refuge. Au lieu de cela, il croupit dans un centre de détention depuis plus de trois mois, déclare Margaux Ewen, directrice du bureau Amérique du Nord de RSF. Il est inconcevable qu’il soit déporté à Cuba, un pays où les journalistes indépendants sont pris pour cibles et harcelés par les autorités. Nous exhortons donc le gouvernement américain à libérer sans délai Serafin Moran Santiago, le temps qu’il soit fixé sur sa demande d’asile.”

Année après année, Cuba reste le pire pays d’Amérique latine en matière de liberté de la presse. Arrestations arbitraires, emprisonnement, menaces, campagnes de diffamation, confiscation de matériel et fermeture de sites internet font partie des méthodes de harcèlement les plus courantes dans le pays, méthodes renforcées par un arsenal législatif très restrictif.

La situation de ce journaliste cubain rappelle celle de deux autres reporters, mexicains pour leur part. Martin Mendez s’était approché de la frontière américaine en 2017 pour demander l’asile, fuyant des menaces dans son pays. Il avait finalement abandonné et décidé de rentrer chez lui, malgré le danger, après avoir passé plusieurs mois dans un centre de détention dans des conditions invivables. Le journaliste Emilio Gutiérrez Soto a de son côté été arrêté par ICE et placé en détention avec son fils en décembre 2017 près d’El Paso, au Texas. Il n’a été libéré que le 26 juillet et est toujours en attente d’une décision sur sa demande d’asile.

Les Etats-Unis se situent à la 45e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018. Cuba occupe la 172e place.