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9 avril 2020 - Mis à jour le 10 avril 2020

États-Unis : RSF appelle Trump à cesser ses attaques envers les journalistes et invite les médias à réfléchir sur le bien-fondé de couvrir les conférences de presse sur le Covid-19

MANDEL NGAN / AFP
Reporters sans frontières (RSF) appelle le président Donald Trump à cesser ses odieuses agressions verbales contre les journalistes qui rendent compte de la gestion de la pandémie de Covid-19 par la Maison Blanche. RSF invite aussi les médias à réfléchir sur le bien-fondé de la transmission en direct des conférences de presse sur le Covid-19.

Plus d'un an après avoir supprimé son rendez-vous quotidien avec la presse, la Maison Blanche a décidé, depuis que la pandémie a frappé le pays, de mener chaque soir une conférence de presse sur le Covid-19. Le président Trump a toutefois exploité ces points presse à des fins politiques et, depuis le début de leur transmission quotidienne le 16 mars, il s’en est pris à au moins 8 journalistes, parmi lesquels ceux de NBC, ABC, Fox, CNN, PBS et CBS. Lors de ces séances, qui durent parfois plus de deux heures, le président Trump passe une grande partie du temps à lancer des insultes, à contredire ses propres propos et ceux de son administration sur la pandémie, voire à communiquer des informations médicales infondées. Plusieurs grandes chaînes télévisées, dont CNN et MSNBC, ont choisi de ne pas systématiquement transmettre les conférences de presse en direct ou en totalité, en raison de leur inquiétude, légitime, de diffuser sans le vouloir des informations inexactes.

 

« Alors que les Américains ont désespérément besoin d’un flux régulier d’information cohérente et fondée, le président Trump a transformé la salle de conférence de presse en un cirque politique où règnent la désinformation et l’autocongratulation, déclare Dokhi Fassihian, directrice de Reporters sans frontières États-Unis. Plus abject encore est le violent mépris avec lequel le président traite les journalistes qui risquent leur santé pour informer leurs compatriotes sur la manière dont leur gouvernement gère cette urgence de santé publique. Chacun de ces incidents constitue une tentative honteuse de faire de la presse un bouc émissaire, en recourant à une rhétorique de haine destinée à détourner et à éluder les principales interrogations sur la réponse de l’administration face au Covid-19. »

 

Dans le cadre de L'Observatoire_19, un projet mené par RSF pour évaluer l’impact du Covid-19 sur le journalisme en documentant la censure d’État, le ciblage de journalistes et la désinformation liée à la pandémie, RSF États-Unis a établi une liste des principaux incidents qui ont vu le président Trump s’en prendre à des journalistes alors qu’ils faisaient leur travail en rendant compte de la manière dont l’administration fait face à la pandémie.

 

La liste ci-dessous rapporte les incidents marquants du mois de mars et n’est en rien exhaustive. 

  • Le 17 mars, un officiel de la Maison Blanche a fait un jeu de mots associant le virus à une « maladie chinoise » en s’adressant directement à la journaliste de CBS News d’origine asiatique Weijia Jiang.
  • Le 20 mars, après que le journaliste de NBC News Peter Alexander lui a demandé quel message il délivrerait aux Américains que le coronavirus inquiète, le président Trump s’est brutalement emporté : « Moi je dis que vous êtes un très mauvais journaliste. Voilà ce que je dis. »
  • Le 25 mars, la journaliste de CBS News Paula Reid a demandé au président si son objectif de rouvrir le pays d’ici Pâques était motivé par des intérêts politiques personnels, ce à quoi il a répondu : « Je pense que certaines personnes aimeraient que le pays accuse le coup financièrement parce qu’elles pensent que cela favoriserait ma défaite électorale. Et je ne sais pas si c’est le cas, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a des personnes de votre profession qui souhaiteraient que cela arrive. À mes yeux, cela ne fait aucun doute. »
  • Le 27 mars, le président Trump a rédigé un tweet sur la journaliste du New York Times Maggie Haberman : « C’est une journaliste de troisième zone qui n’a aucune compétence. Une “journaliste” de fausses informations. » Il répondait au tweet de Haberman le citant à propos des gouverneurs d’État qui critiquaient la gestion de la pandémie par l’administration : « Je veux qu’ils soient reconnaissants. »
  • Le 29 mars, la journaliste de PBS Yamiche Alcindor a demandé au président Trump d’apporter des éclaircissements sur son commentaire à propos des demandes de matériel des gouverneurs d’État, qu’il avait qualifiées d’exagérées et de superflues. Il a répondu en accusant Yamiche Alcindor d’être « menaçante » et en lui demandant « d’être gentille ». Puis le journaliste de CNN Jeremy Diamond a interpellé le président sur le fait qu’il niait avoir ordonné au vice-président Mike Pence de ne pas appeler les gouverneurs qu’il estimait peu reconnaissants de l’aide fédérale dispensée pendant la crise du coronavirus, malgré des vidéos prouvant le contraire. Le président Trump l’a traité de « fausses nouvelles » et a déclaré qu’il « mentait ». Ce même soir, le président Trump a attaqué la chaîne sur Twitter : « Les médias complaisants sont les forces dominantes qui tentent de m’obliger à fermer le pays aussi longtemps que possible, dans l’espoir que cela sera préjudiciable à mon succès électoral. »
  • Le 30 mars, le président s’en est pris au journaliste de CNN Jim Acosta après qu’il a posé une question sur la réalité d’un test de Covid-19 par habitant aux États-Unis, que Trump a qualifiée de « déplacée ».
  • Le 1er avril, la journaliste de PBS Yamiche Alcindor a tenté d’obtenir des éclaircissements sur les propos du président selon lesquels les gouverneurs demandaient du matériel médical dont ils n’avaient en réalité pas besoin. Trump l’a interrompu à deux reprises, déclarant que c’était une question « mal intentionnée et déplacée ».
  • Le 3 avril, la journaliste de CBS News Weijia Jiang a posé une question au président sur les propos que Jared Kushner ( son gendre et conseiller) avait tenus au sujet du stock fédéral de matériel médical. Trump lui a répondu : « Pourquoi vous me demandez à moi ? C’est quoi, un piège ? Un piège ? Vous utilisez le mot “nos” – vous savez ce que “nos“ signifie ? Les États-Unis d’Amérique. » Il a ajouté qu’elle avait posé sa question « sur un ton très désagréable ».
  • Le 6 avril, le président a attaqué deux journalistes pendant le point presse du soir. Lorsque la journaliste de Fox News Kristen Fisher a posé une question sur le retard avec lequel les hôpitaux recevaient les résultats des tests de Covid-19, Trump, visiblement agacé, lui a répondu : « Vous devriez dire : “Félicitations, beau travail” au lieu d’être si désagréable dans la manière dont vous posez une question. » Il a traité aussi le journaliste d’ABC et président de l’association des correspondants de la Maison Blanche Jon Karl de « journaliste de troisième zone » qui « ne réussira jamais dans son métier ».



Les États-Unis occupent le 48e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF.