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21 février 2017

États-Unis – Les attaques de Trump envers les médias, un dangereux précédent pour les prédateurs de la presse dans le monde

Reporters sans frontières (RSF) est très préoccupée par les dernières attaques du président Donald Trump envers les médias américains qu’il accuse de diffuser de « fausses informations ». Ces attaques constituent un dangereux message adressé aux prédateurs de la liberté de la presse dans le monde qui n’hésitent pas à emprisonner des journalistes pour « divulgation de fausses informations ».

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi dernier, le président américain Donald Trump s’en est pris aux médias pour avoir, selon lui, relayé des informations malhonnêtes et hostiles à son encontre depuis son arrivée à la Maison Blanche. « Nous devons comprendre ce qu’il se passe, car sincèrement la presse est hors de contrôle, a-t-il affirmé. Le niveau de malhonnêteté est hors de contrôle. » Et d’ajouter que les récents articles sur les contacts entre la Russie et l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, qui ont depuis engendré la démission de ce dernier, constituaient de « fausses informations ». Par ailleurs, le président Trump a estimé que la vraie information qui méritait d’être traitée était les fuites concernant les liens de Michael Flynn avec la Russie. « La Russie, c’est de la fausse information… Les fuites, elles, sont bien réelles. Mais les informations sont fausses. »


Donald Trump a également ciblé la chaîne CNN lors d’un échange avec son correspondant de la Maison Blanche Jim Acosta. Au cours de cet échange, le chef de l’Etat a déclaré vouloir « dénoncer CNN car elle ne fait pas du bon travail ». Par la suite, il a affirmé que l‘émission matinale de FOX News « Fox & Friends » était « la matinale la plus honnête ».


A la suite de cette conférence de presse, Donald Trump a adressé un message à ses sympathisants, leur demandant de répondre à une enquête.


« Vous savez que je ne fais pas confiance aux médias pour rendre compte de nos réussites. Vous, le peuple américain, êtes notre dernier moyen de défense contre cette entreprise de démolition à laquelle se livrent les médias. Vous êtes notre plus grand atout pour aider notre mouvement à livrer la vérité au peuple américain. C’est pourquoi je vous demande de répondre à un sondage sur la responsabilité des médias dominants pour aider à contrer les attaques et les mensonges des médias. »


Ce sondage demande aux partisans de Donald Trump d’évaluer « la qualité de la couverture, faite par les médias dominants, de la campagne présidentielle de Trump et de ses premiers jours en tant que président ». Certaines questions portent sur des sujets traités dans les médias : « Pensez-vous que les médias dominants ont réalisé des reportages injustes sur notre mouvement ? Faîtes-vous confiance à CNN/FOX News/MSNBC pour couvrir de manière juste la présidence de Donald Trump? Pensez-vous que les médias dominants ne font pas les vérifications préalables nécessaires avant de publier une information sur l’administration Trump? »


« Ces attaques verbales contre des journalistes américains sont alarmantes car elles proviennent du président des Etats-Unis, un pays censé protéger la liberté de la presse grâce au Premier amendement de sa Constitution », déclare Margaux Ewen, responsable de la communication et du plaidoyer pour RSF Amérique du Nord. Ces attaques lancent un dangereux message aux dirigeants autoritaires du monde entier : elles légitiment le fait d’accuser la presse de publier une fausse information lorsque cette information apparaît au détriment du chef d’Etat. Les pires prédateurs de la liberté de la presse à travers le monde ont déjà emprisonné des journalistes et des blogueurs pour avoir « diffusé de fausses informations. »


La semaine dernière, RSF a rapporté que six journalistes en Côte d’Ivoire avaient été détenus pendant plusieurs jours sous prétexte qu’ils avaient « publié de fausses informations » et qu’ils avaient « poussé le personnel de l’armée à l’insubordination et à la rébellion ». Bien que les journalistes aient été relâchés le 14 février, les accusations qui pèsent conte eux n’ont pas été levées.


Le blogueur saoudien et co-fondateur du réseau “Liberal Saudi Network”, Raif Badawi, a été condamné en 2014 à 10 ans de prison, à mille coups de fouet ainsi qu’à 10 ans d’interdiction de sortie du territoire pour avoir entre autres « rédigé, sauvegardé, et fait circuler des informations qui déstabilisent l’ordre public » et « publié de fausses informations dans le but de porter préjudice à l’Etat ». Raif Badawi a remporté en 2014 le prix RSF pour la liberté de la presse dans la catégorie « net-citoyen » et, en 2015, le prix Sakharov décerné par le Parlement européen. Il est désormais détenu depuis plus de quatre ans.


Consultez la liste des prédateurs de la liberté de la presse établie par RSF en cliquant ici.


Les Etats-Unis sont classés 41e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse pour 2016 établie par RSF.


Image credit: NICHOLAS KAMM / AFP