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11 décembre 2015 - Mis à jour le 8 mars 2016

En réponse aux déclarations de Lu Wei, RSF appelle au boycott de la World Internet Conference


Reporters sans frontières appelle la communauté internationale à boycotter le sommet organisé par la Chine, premier « Ennemi d’Internet » au monde. Lu Wei, cyber-propagandiste du Parti communiste, a justifié la censure du Net au nom de l’équilibre entre la liberté et l’ordre à la veille de la deuxième édition de la World Internet Conference (WIC).

Il faut oser : « La liberté est notre objectif et l’ordre est notre moyen (...), a-t-il déclaré aux journalistes. Le contrôle du Net est nécessaire pour corriger les “rumeurs (...). (Il) protège les droits et intérêts des internautes », a déclaré Lu Wei, chef du bureau général du groupe de direction central pour la sécurité d’Internet et l’informatisation, autrement dit, le bureau de la censure du Net du Parti communiste chinois, lors d’une conférence de presse de présentation de la 2ème édition de la Conférence internationale d’Internet, qui se tiendra à Wuzhen (province du Zhejiang) du 16 au 18 décembre 2015. Bref, la censure de la toile… est dans l'intérêt des internautes chinois !

Et le grand ordonnateur du cyberespace chinois de poursuivre, en affirmant que le contrôle étroit des réseaux sociaux et de l’information n’était pas différent de ce qui se pratiquerait ailleurs dans le monde. « Il n’existe pas un pays au monde où le contenu du Net n’est pas administré», a-t-il déclaré, banalisant ainsi la « Grande muraille électronique » chinoise, l’un des systèmes de censure et de surveillance du Net les plus perfectionnés au monde.

« Les affabulations de Lu Wei doivent être corrigées : la Chine fait plus qu’ ‘administrer Internet’, elle surveille étroitement toute l’information accessible à ses internautes et bloque systématiquement toute critique ou révélation embarrassante pour le Parti communiste, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Ces manipulations, en amont de la Conférence internationale d’Internet, ont pour seul but d’évacuer la question de la liberté de la presse et de l’information.»

La Conférence internationale d’Internet devrait accueillir les dirigeants des plus grandes entreprises du Net chinoises et étrangères, ainsi qu’une cinquantaine d’officiels étrangers. Aux côtés des représentants de la Russie, du Pakistan, du Kazakhstan et du Tadjikistan, se mêleront le fondateur de Wikipedia Jimmy Wales et le PDG de Thomson Reuters James Clifton Smith. Le co-fondateur de LinkedIn Reid Hoffman, qui avait accepté en février 2014 de créer une version chinoise censurée du réseau social, devrait également être de la partie. Intitulée LingYing, cette version policée de Linkedin fait l’objet d’une surveillance permanente et les données privées qu’elle contient sont entièrement accessibles par les autorités chinoises, comme l’a révélé l’organisation Greatfire.org en juillet dernier.

Interrogé par Reporters sans frontières, Charlie Smith, co-fondateur de Greatfire.org a déclaré : « Les milliers d’invités étrangers qui ont accepté de participer à la conférence devraient avoir honte. Au moins, le discours de Lu Wei sur les conditions de pénétration du marché chinois est resté cohérent. Les participants étrangers se trompent s’ils pensent qu’en se rendant à la conférence ils contribueront à rendre l’Internet chinois plus libre. J’irai même jusqu’à dire que leur participation les rend complices de la censure du régime chinois et légitime Lu Wei, l’Administration du cyberespace et leur approche autoritaire de la gouvernance. Le millier de participants étrangers qui a accepté d’assister à la conférence contribuent concrètement à l’emprisonnement de tous les Chinois qui se battent pour leur droit constitutionnel à la libre expression.»

« Compte tenu du fait que les sites Internet de Reuters et Wikipedia sont censurés en Chine, on est en droit de s’inquiéter des compromis en matière de censure qui pourraient être acceptés par les dirigeants de ces deux entreprises phares dans le secteur des médias et de l’information, ajoute Benjamin Ismaïl. Depuis sa première édition - qui visait en fait à mettre au pas les entreprises du Net désireuses de travailler sur place - la Conférence ne jouit d’aucune crédibilité. Les dernières déclarations de Lu Wei ne laissent aucun doute sur la détermination des autorités à ne tolérer aucune information libre sur le territoire. Dans ce contexte, nous appelons l’ensemble des participants à boycotter cette conférence tant qu’aucune avancée significative en matière de liberté de l’information n’aura été initiée par le gouvernement de Xi Jinping.»

La première édition de la Conférence, organisée du 19 au 21 novembre 2014, avait défrayé la chronique, après les révélations du site d’information Techcrunch selon lesquelles une proposition de déclaration conjointe mentionnant neuf recommandations, dont celle de « respecter la souveraineté sur Internet de chaque Etat » et de « s'abstenir d'abuser de ressources et d'avantages technologiques afin de violer la souveraineté sur Internet d'autres pays », avait été glissée sous la porte de la chambre d’hôtel de chaque participant…

La Chine se situe à la 176e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.