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3 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

En pleine crise du coronavirus, la Birmanie bloque 221 sites Internet pour “fake news”

Un agent diffuse du désinfectant sur le site de la pagode Shwadagon, à Yangon, le 31 mars 2020. Le ministère birman des Transports et des Télécommunications a ordonné aux quatre opérateurs de téléphones mobiles du pays de bloquer un total de 221 sites dits de “fake news” (photo : Ye Aung Thu / AFP).
Le gouvernement birman a pris prétexte du Covid-19 pour ordonner arbitrairement la censure de nombreux sites d’information sur l’Internet mobile de Birmanie. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de rétablir immédiatement la connexion à ces sites, et les met en garde contre une inquiétante dérive autoritaire.

L’ordre a été donné, en toute opacité, durant les deux dernières semaines de mars. Le ministère birman des Transports et des Télécommunications a ordonné aux quatre opérateurs de téléphones mobiles du pays de bloquer un total de 221 sites dits de “fake news”, pour reprendre l’expression utilisée dans l’ordre ministériel.


Le gouvernement n’a pas fourni la liste exacte des sites censurés, mais plusieurs grands médias se retrouvent de fait bloqués, ainsi que des sites d’information qui s’adressent plus particulièrement aux minorités ethniques du pays.


Selon un communiqué publié par l’un des opérateurs, Telenor Myanmar, dont la maison-mère est basée en Norvège, le ministère justifie sa décision au prétexte de la pandémie actuelle de coronavirus, et cite l’article 77 de la loi sur les télécommunications, qui prévoit le blocage de sites en cas de “situation d’urgence”. Les trois autres opérateurs dépendent soit de l’Etat, soit de l’armée. Tous se sont pliés à l’ordre ministériel.


“S’il est légitime de combattre tout désinformation durant une période de crise comme celle du coronavirus, la méthode employée par le gouvernement birman n’est absolument pas adaptée, et s’avère même dangereuse, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-pacifique de RSF. La censure que les autorités exercent de facto sur plusieurs sites d’information va priver des franges de la population birmane d’informations fiables absolument cruciales pour combattre la pandémie. Cette décision, qui rappelle les pires heures de la junte militaires, ramène la démocratie birmane dix ans en arrière.”


Soif d’information


Après des années de censure, la population birmane s’informe aujourd’hui en masse à travers l’Internet mobile. Une étude publiée mercredi 1er avril montre que l’usage de l’Internet mobile a augmenté de 25% au mois de mars 2020, signe de la grande soif d’information des 64 millions d’abonnés à l’Internet mobile birmans en cette période de pandémie. 


La censure des sites Internet coïncide avec des attaques préoccupantes contre la liberté de la presse. La police a ainsi perquisitionné, mardi 31 mars, les bureaux de l’agence de presse Narinjara de Sittwe, la capitale de la province instable de l’Arakan, dans l’ouest du pays. Trois journalistes de ce média, Thein Zaw, Aung Lin Htun and Htun Khaing, ont été interrogés pendant plus de six heures, et leurs ordinateurs portables ont été saisis.


Au même moment, dix policiers ont débarqués au domicile de Hline Thit Zin Wai, rédacteur en chef de l’agence Khit Thit News, basée à Yangon, au sud du pays. 


Accusés de ‘terrorisme”


La veille, c’est le rédacteur en chef du site Voice of Myanmar, Nay Myo Lin  qui a été arrêté à Mandalay, au centre de la Birmanie. 


Les cinq journalistes font l’objet d’enquête pour “terrorisme”, au motif qu’ils ont couvert le conflit qui oppose l’état-major birman à l’Arakan Army (AA), un groupe rebelle autonomiste officiellement considéré par le gouvernement, depuis le 23 mars, comme organisation terroriste.


Selon des informations obtenues par RSF, plusieurs autres journalistes birmans craignent d’être arrêté d’un jour à l’autre au motif qu’ils ont récemment mentionné l’AA dans leurs reportages, et sont réduits à se cacher.  


Ayant perdu sept places en deux ans, la Birmanie occupe actuellement la 138e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.