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27 juin 2018 - Mis à jour le 28 juin 2018

Egypte : “Une condamnation à mort de Shawkan salirait à jamais le régime de Sissi”

Le 30 juin, la justice égyptienne décidera du sort de Shawkan, détenu depuis près de cinq ans, et accusé d’”actions terroristes” avec plus de 700 co-détenus. A quelques jours du procès, peu de médias du pays se risquent à évoquer le cas de ce jeune photographe qui encourt pourtant la peine de mort.

Le verdict est attendu pour le 30 juin prochain. Shawkan (de son vrai nom Mahmoud Abou Zeid), jeune photographe égyptien, détenu depuis 2013, est jugé avec plus de 700 co-accusés, pour lesquels le parquet a requis en avril dernier la peine de mort. Pourtant, à quelques jours du verdict, les médias locaux ne parlent guère de ce procès. L’affaire Shawkan serait-elle une ligne rouge en Egypte?

 

Fin avril, l’attribution à Shawkan du Prix de la liberté de la presse par l’Unesco avait fait grand bruit en Egypte et dans l’ensemble du monde. Agacées, les autorités égyptiennes avaient alors rappelé que le photographe était accusé “d’actions terroristes”. Déjà sensible, le sort du photographe est depuis devenu très compliqué à couvrir sauf à relayer les accusations absurdes du régime contre lui. Quelques jours plus tard, trois journalistes de l’édition anglophone et électronique (Egypt Independent) du célèbre quotidien Al Masry Al Youm, ont préféré démissionner plutôt que de céder aux pressions de leur direction qui leur demandait de publier un éditorial traitant Shawkan de terroriste et présentant la distinction de l’Unesco comme une attaque politique contre l’Egypte.

 

“Qu’un jeune journaliste encoure aujourd’hui la peine de mort pour avoir simplement voulu couvrir ce qui s'est révélé être un massacre en 2013 est l’une des plus sinistres atteintes qu’on puisse imaginer contre le journalisme, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Il est clair que Shawkan doit être purement et simplement acquitté. S’il devait être condamné à une peine de prison, ce serait une atteinte odieuse à la liberté de la presse. S’il était condamné à la peine de mort, il s’agirait là d’une ignominie qui salirait à jamais le régime de Sissi.”

 

La campagne de RSF #MypicforShawkan censurée en Egypte

 

Afin de limiter la couverture médiatique sur Shawkan, les autorités ont tenté de filtrer les informations. La famille du photographe a ainsi fait l’objet d’une surveillance policière et Shawkan lui-même a été interrogé par la sécurité nationale, et fouillé, après avoir réussi à faire sortir un poème où il commentait son prix. Il y a quelques semaines, Reporters sans frontières a lancé une grande campagne de soutien à Shawkan, reprise par de nombreux médias internationaux. Plusieurs médias arabophones ont relayé la mobilisation, sauf… en Egypte où la campagne n’a pu circuler que sur les réseaux sociaux ou dans des médias indépendants en ligne, dont l’accès est bloqué, comme MadaMasr, Masr al Arabiya (dont le rédacteur en chef a depuis été arrêté) ou al Menassa.  

 

L’Egypte occupe la 161ème place sur 180 pays dans le Classement 2018 sur la liberté de la presse dans le monde établi par Reporters sans frontières. Au moins 33 journalistes professionnels ou non sont actuellement privés de liberté pour leur travail.