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20 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Écoutes secrètes : la police perquisitionne Wprost et viole le secret des sources


La justice polonaise, aidée par les services secrets, a perquisitionné le 18 juin 2014 les locaux du magazine Wprost. Son objectif : saisir des enregistrements gênants pour le parti au pouvoir, au mépris du droit à la protection des sources des journalistes.
C’est un véritable séisme politique qu’a provoqué Wprost. En lançant dimanche 15 juin 2014 une série de publications révélant des écoutes de personnalités politiques polonaises, l’hebdomadaire a rendu public un marché inédit : contre la tête du ministre des finances, le directeur de la Banque nationale de Pologne promettait de soutenir la politique budgétaire du gouvernement. Enregistrés dans un restaurant chic de la capitale polonaise, les bandes n’ont pas livré tous leurs secrets. Leur auteur demeure à ce jour inconnu de la justice. Le parquet de Varsovie a ouvert une enquête pour “écoutes illégales” contre le propriétaire du restaurant. Le 18 juin 2014 cette enquête a débouché sur une perquisition des locaux de Wprost par un procureur, des officier de police et des membres de l’Agence de sécurité intérieure. Ces derniers cherchaient à récupérer les ordinateurs sur lesquels se trouvent les enregistrements illicites, pour “sécuriser” les bandes. Les journalistes de Wprost, s’abritant derrière la protection de leurs sources, ont catégoriquement refusé de remettre aux autorités leurs ordinateurs. Le rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire, Sylvester Latkowski, s’est interposé pour empêcher la police de se saisir de son ordinateur personnel. Face à son refus, les agents ont essayé de détruire son matériel, révélant le caractère fallacieux de la “sécurisation” des enregistrements. “Reporters sans frontières apporte tout son soutien aux journalistes de Wprost face à ce qui constitue une grave atteinte au secret des sources des sources des journalistes. Rentrer avec violence dans une rédaction pour y saisir les ordinateurs des journalistes est une pratique indigne de la démocratie polonaise”, déclare Virginie Dangles, ajointe à la direction de la Recherche de Reporters sans frontières. Un attroupement médiatique autour des locaux de Wprost a fini par faire battre en retraite les autorités. Le Conseil national du Barreau polonais a adopté le 19 juin une résolution rappelant que la tentative des autorités de saisir les enregistrements détenus par les journalistes de Wprost “violait les droits fondamentaux garantis par la Constitution polonaise, le code de procédure pénal et la loi sur la presse”. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a appelé à la remise des enregistrements à la justice. Il a également expliqué que personne ne cherchait à restreindre la liberté de l’information en Pologne, mais que l’enquête nécessitait de récupérer les enregistrements en question. Donald Tusk a fait part de ses craintes de voir des personnalités politiques soumises au chantage dans le cas où les bandes ne seraient pas récupérées par les autorités. Dans une conférence de presse tenue le 18 juin à Varsovie, le procureur Andrzej Seremet a confirmé la nécessité d’obtenir les bandes originales pour pouvoir identifier leurs auteurs. Il a également rappelé que si la justice à la conviction que les pièces nécessaires à son enquête sont détenues dans un endroit identifié, il est à la discrétion du procureur de définir les moyens à mettre en oeuvre pour les récupérer. Le procureur a invité les journalistes à remettre leurs ordinateurs au parquet sous scellées, de sorte à ce que seule les juges y ait accès. Il n’a pas précisé si une seconde perquisition aurait lieu.