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8 septembre 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Disparu sans laisser de traces : un journaliste au secret depuis deux mois


Au Turkménistan, cela fait deux mois que le journaliste Saparmamed Nepeskouliev est détenu au secret et privé de tout contact avec ses proches. Même sa condamnation à trois ans de prison n’a pas encore pu être officiellement confirmée. Comment peut-on faire disparaître ainsi un journaliste ?
Où se trouve Saparmamed Nepeskouliev ? A-t-il, oui ou non, été condamné à trois ans de prison ? Dispose-t-il d’un avocat ? Autant de questions pour le moment sans réponse. Ses proches n’ont toujours pas été autorisés à rendre visite au journaliste disparu le 7 juillet 2015, dont ils avaient retrouvé la trace trois semaines plus tard dans un centre pénitentiaire. La mère de Saparmamed Nepeskouliev a affirmé aux Nouvelles Alternatives du Turkménistan (ATN) avoir appris, le 4 septembre, que le journaliste avait été condamné à trois ans de prison le 31 août. Cette information n’a pour l’heure pas pu être confirmée officiellement. Les proches du journaliste ont l’intention d’aller chercher une copie du verdict au tribunal de Turkmenbachi (ouest du pays), où Saparmamed Nepeskouliev aurait été transféré fin août, et d’interjeter appel. Mais ils risquent d’avoir de grandes difficultés à le faire : “toute la région est bouclée en amont du prochain Conseil des Aînés, (une institution consultative) qui se réunira le 10 septembre à Avaza. Pour la sécurité (du président) Berdymoukhammedov, personne n’est autorisé à voyager à Turkmenbachi sans autorisation, pour quelle que raison que ce soit”, explique à RSF le rédacteur en chef d’ATN, Ruslan Myatiev. D’après ce dernier, le timing de la condamnation de Saparmamed Nepeskouliev et son annonce tardive à la famille visent précisément à éviter que celle-ci ne puisse faire appel : elle ne dispose légalement que de dix jours pour le faire. Journaliste freelance collaborant avec ATN et le service turkmène de Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL), Saparmamed Nepeskouliev couvre essentiellement les problèmes sociaux et d’infrastructures des environs de Turkmenbachi et de sa ville, Balkanabat. Il divulgue les impérities et les abus des autorités locales. Le reporter fait l’objet d’une campagne de calomnie dans les médias officiels, qui se chargent d’accréditer les accusations de détention de drogue apparemment portées contre lui. Des éléments concordants attestent que les proches du journaliste sont victimes de fortes pressions de la part des autorités. “Le silence persistant des autorités quant au sort de Saparmamed Nepeskouliev est tout simplement illégal, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Il plonge ses proches dans un véritable cauchemar et renforce nos craintes quant à la sécurité du journaliste. Nous exhortons une fois de plus les autorités à communiquer de toute urgence sur le sort de Saparmamed Nepeskouliev et sur sa condamnation éventuelle. Il doit être remis en liberté sans délai.” La liberté de l’information est inexistante au Turkménistan. Les seuls médias indépendants sont basés à l’étranger, et collaborer avec eux est extrêmement risqué. Chaque arrestation est généralement accompagnée de tortures et couverte d’un voile d’incertitude. Le pays occupe toujours la 178e place sur 180 dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, juste devant la Corée du Nord et l’Érythrée. Lire le précédent communiqué de RSF sur Saparmamed Nepeskouliev (30.07.2015) (Photo: ATN)