Détention arbitraire d’un journaliste : les autorités du Nord-Kivu imposent le black out aux médias

Reporters sans frontières (RSF) est extrêmement préoccupée par la détention du journaliste Mapendo King de la radio La Voix de Rutshuru, aux arrêts depuis le 5 mars dernier. L’organisation demande sa libération immédiate.


Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), postées dans la localité de Tongo, ont fait irruption le 5 mars dans la rédaction de la radio La Voix de Rutshuru pour y appréhender le journaliste Mapendo King. Conduit quelques jours plus tard à l’Auditorat militaire de Rutshuru, le reporter croupit depuis dans une geôle sommaire en attendant d’être transféré à Goma, à 70 km de là. Un éloignement qui rendrait sa détention encore plus pénible, dans un système carcéral où les prisonniers dépendent de l’assistance de leurs proches à l’extérieur pour manger et se couvrir.


Le journaliste est accusé d’avoir diffusé de fausses informations, après avoir rapporté la présence de groupes armés Maï-Maï -assimilés à l’ethnie des Hundes- à proximité de Tongo, où les Hutus sont majoritaires. Une information qu’il dit avoir vérifiée avec une source locale. Sommé de démentir cette information par un appel du chef de la localité, le journaliste aurait refusé de se dédire. Une acte qui lui vaut alors d’être arrêté sur décision du comité de sécurité local, présidé par ce même chef de groupement.


“Nous demandons la libération immédiate du journaliste Mapendo King, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. Ce dernier est aujourd'hui arrêté pour avoir simplement fait son travail. Il a diffusé une information qu’il avait vérifiée et a refusé de céder aux pressions politiques. Quoiqu’on lui reproche il doit être jugé selon la loi sur la presse et certainement pas par la justice militaire. Sa détention dans ces conditions est absolument illégale et vise à imposer un black out de la couverture des questions sécuritaires dans le territoire de Rutshuru”.


Lors d’une réunion convoquée le 10 mars l’administrateur du territoire de Rutshuru a expressément interdit à la presse de relayer toute information ayant trait aux activités de la police, de l’armée ou de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Depuis, les six radios du territoire de Rutshuru ont cessé de diffuser leurs journaux d’informations par crainte de représailles.


“On ne peut pas travailler dans de telles conditions, nous sommes constamment menacés, confie à RSF, sous couvert d’anonymat, un journaliste de Rutshuru. C’est à partir des dénonciations à la radio que les mesures peuvent être prises pour la protection des civils. Si nous ne dénonçons pas, la population va souffrir.”


Ces derniers mois, le climat est particulièrement tendu dans le territoire de Rutshuru, déchiré par des discordes inter-ethniques. Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku,a appelé, le 3 mars, les médias à ne pas attiser la haine entre les communautés et a promis que la justice était engagée à poursuivre toute personne qui se rendrait responsable de tels actes. Ces discours ont été perçus comme des menaces par la majorité des journalistes qui préfèrent maintenant s’auto-censurer plutôt que de couvrir ce type de sujets.


La RDC est classée 150ème sur 180 pays au Classement sur la liberté de la presse établi par RSF en 2015.


Photo: civils fuyant Rutshuru en juillet 2012

Publié le
Updated on 21.03.2016