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6 mai 2020

Détention arbitraire de journalistes en Egypte : RSF demande à l’ONU d’intervenir d’urgence contre une pratique systématique

Dans une lettre d’allégation au Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la pratique systématique de la détention arbitraire contre les journalistes critiques en Egypte, et demande à l’ONU d’agir de toute urgence auprès des autorités du Caire pour obtenir que soit garanti le respect du droit à la liberté d'expression et au procès équitable de ces journalistes.


A l’heure où, au moins, 29 journalistes se trouvent derrière les barreaux en Egypte, Reporters sans frontières (RSF) a écrit au Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire pour dénoncer le caractère systématique de l’emprisonnement des voix critiques en Egypte, en violation du droit à un procès équitable, et du droit à la liberté d’expression. 


Dans sa communication adressée le 30 avril aux Nations Unies, RSF détaille les cas de 10 journalistes. Ces différents exemples reflètent la diversité des situations de détention arbitraire en Egypte, mais tous sont en prison sous des motifs fallacieux tels que “participation à un groupe terroriste”, “diffusion de fausses nouvelles” ou “incitation à des manifestations”. Or, les circonstances de leur arrestation et les interrogatoires qu’ils ont subis démontrent que leur seul tort est d’avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et d’information, et d’avoir formulé des critiques à l’endroit du pouvoir égyptien.


En plus de soumettre ces journalistes à une procédure inéquitable, à des disparitions forcées, voire à des actes de torture, les maintenir en détention arbitraire alors que l’épidémie de Covid-19 fait rage en Egypte, signifie les exposer à un risque de contamination et de mort. Par conséquent, RSF demande au groupe de travail, organe du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, d’intervenir en urgence auprès des autorités égyptiennes pour mettre fin à ces violations systématiques. 


La majorité de ces 10 journalistes font l’objet de détentions provisoires de longue durée, prolongées indéfiniment. C’est le cas notamment de la journaliste Esraa Abdel Fattah, détenue depuis octobre 2019, de sa consoeur Solafa Magdy, en prison depuis le 26 novembre 2019, d’Adel Sabry, derrière les barreaux depuis le 3 avril 2018, ou encore des journalistes Hisham Fouad et Hossam Moanis, détenus depuis le 25 juin 2019. Certaines de ces détentions se prolongent même pour des durées qui excèdent la période maximale prévue par le droit égyptien comme pour le journaliste Moataz Wednan, détenu provisoirement depuis près de deux ans et demi.


D’autres journalistes sont maintenus arbitrairement en détention alors qu’ils ont fait l’objet d’une ordonnance de libération. C’est le cas par exemple de Mahmoud Hussein et Badr Mohammed Badr. Le premier, arrêté en décembre 2016 pour “diffusion de fausses nouvelles”, a passé deux ans et demi en détention provisoire avant que la cour ordonne sa libération. Il n’a cependant jamais été libéré, mais est resté détenu au motif que de nouvelles poursuites étaient engagées contre lui, sur des charges fallacieuses de “participation à un groupe terroriste”. Il reste aujourd’hui détenu provisoirement, en attente d’un procès. Le second, Badr Mohammed Badr, arrêté en mars 2017 pour “participation à un groupe terroriste” et “diffusion de fausses nouvelles” a vu sa libération ordonnée par un tribunal le 24 novembre 2019. Il n’a jamais été libéré, mais a disparu pendant près de trois mois pour réapparaître le 25 février 2020 devant un tribunal pour des nouvelles poursuites, sur des charges non spécifiées. Il reste lui aussi aujourd’hui en détention.


Comme Badr Mohammed Badr, des journalistes disparaissent alors qu’ils sont détenus par les autorités, en contradiction avec le droit international qui dispose que les avocats et la famille d’un prévenu doivent pouvoir entrer en contact avec lui. Esraa Abdel Fattah et Solafa Magdy ont ainsi disparu pendant 24h après leur arrestation. Moataz Wednan a disparu une semaine. Le journaliste Mohamed Ibrahim Radwan a disparu pendant 11 jours après avoir été arrêté en avril 2018. Il était réapparu devant un tribunal pour être jugé pour “participation à un groupe terroriste” et “diffusion de fausses nouvelles”. Après avoir passé 15 mois en détention provisoire (durée supérieure à la durée maximum légale prévue par le droit égyptien), il a vu sa libération ordonnée le 31 juillet 2019 mais est resté détenu encore 10 jours, sans motif légitime.


Des journalistes se voient aussi condamnés à des peines de prison d’une durée totalement disproportionnée. Ismail Al Sayed Mohamed Omar Tawfik, connu sous le pseudonyme Ismail “Alexandrani”, a été condamné le 22 mai 2018, après plus de trois ans en détention provisoire, à 10 ans de prison pour “participation à un groupe terroriste”, “participation à un complot criminel”, “obtention et divulgation illégale de secrets d’Etat” et “diffusion de rumeurs pour porter atteinte à l'intérêt national”. Son crime ? Avoir tenu un discours critique sur les autorités dans plusieurs médias, dont des médias internationaux comme Al Jazeera ou Orient XXI, et avoir observé d’un peu trop près la situation dans la zone sensible du Sinaï.


Tous ces journalistes ont fait l’objet d’une procédure irrégulière : privation d’accès à leur avocat, détention provisoire d’une durée excessive, privation de soins médicaux, non respect des procédures de jugement… Beaucoup ont également fait l’objet de violences, voire de torture, en détention provisoire, comme Esraa Abdel Fattah et Solafa Magdy ou Mohammed Ibrahim Radwan. Beaucoup, en outre, comme en témoignent les familles de Solafa Magdy et Mahmoud Hussein, voient leurs droits de visite sévèrement restreints avec la pandémie de Covid-19, rendant leurs conditions de détention encore plus difficile.


L’Egypte est classée 166e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.