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10 septembre 2019

Croatie : face aux attaques contre les journalistes, le silence pesant des autorités

Graffiti "mort aux journalistes" à Zadar, Croatie / DR Zadar news
Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète du silence des autorités croates après une série d’attaques en tous genres contre les journalistes et les appelle à condamner publiquement ces agissements pour mettre fin à l’impunité.

“Mort aux journalistes” (en croate “smrt novinarima”) bientôt un lieu commun en Croatie ? L’inscription haineuse est apparue fin août aux abords de la rédaction d’un site d’information à Zadar sur la côte croate. En mars dernier ce même message avait été peint près du siège de la télévision N1 et des sites Net.hr et Telegram.hr à Zagreb. Ce dimanche 8 septembre, c’est à Split que les journalistes ont été insultés et comparés à des vers de terre (“Novinari crvi”), tandis que des oeufs étaient jetés sur la voiture de la journaliste Andrea Topić dont les pneus avaient été crevés quelque temps auparavant.

 

Ces messages punitifs poursuivent le même objectif : attaquer, intimider et décrédibiliser les journalistes jusqu’à les dissuader de poursuivre leur mission d’informer.  

 

Plusieurs enquêtes policières ont été ouvertes afin d’identifier les auteurs de ces graffitis, mais les autorités croates sont demeurées étonnamment silencieuses au sujet de ces inscriptions et des autres attaques récentes visant des journalistes. 

 

Il y a un an, après que des menaces de mort ont été proférées sur la page Facebook des journalistes du très réputé site d’information Index.hr, la justice croate avait décidé, contre toute attente, de ne pas poursuivre l’auteur de l’appel au meurtre.

 

“Les autorités croates doivent condamner clairement de telles pratiques et mettre fin au climat malsain d’impunité qui règne dans le pays et qui représente un réel danger pour les journalistes,” déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone Union européenne-Balkans de RSF. Car ne rien faire, signifie donner un blanc-seing aux personnes qui menacent la presse.”

 

En mai, l’agression physique par Velimir Bujanec, un présentateur de télévision proche de l’extrême droite, dont avait été victime le journaliste croate Daniel Majić alors qu’il couvrait un pèlerinage de nationalistes et néo-nazis croates à Bleiburg en Autriche n’a pas suscité plus de réactions de la part des autorités et notamment de la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarović.

 

Autre incident notable : mi-juillet invitée par la télévision suisse RTS  à s’exprimer sur le comportement de policiers croates impliqués dans la lutte contre l'immigration à la frontière bosniaque, la présidente avait appelé les journalistes croates à “ne pas suivre les médias étrangers qui travaillent pour je ne sais quels intérêts”, mais ”à présenter aussi la version croate des faits” provoquant un tollé dans le pays.  

 

“De l'église catholique aux hommes politiques, il y a des attaques constantes contre les journalistes et le gouvernement ne dit rien, c’est une véritable chasse ouverte aux journalistes” dénonce Hrvoje Zovko, président de l'Association des journalistes croates (HND). 

 

Or, le pays qui occupe la 64ème place sur 180 au Classement mondial 2019 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, va assumer la présidence tournante du conseil de l'Union européenne dans moins de quatre mois.