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18 septembre 2020

Crise des réfugiés à Lesbos : la police grecque entrave le travail des journalistes en recourant à la violence et en limitant leur couverture

La police barre l'accès aux journalistes près du camp de Moria (photo: AFP/Louisa Gouliamaki).
Pour limiter leurs contacts avec des demandeurs d'asile, la police grecque entrave le travail des journaliste sur l'île de Lesbos et s'est livrée à des actes de violences. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces atteintes à la liberté de la presse et demande aux autorités grecques qu’elles cessent immédiatement.

Alors qu’il venait d'enquêter à proximité d’un camp de réfugiés à Lesbos le 11 septembre dernier, le journaliste Iason Athanasiadis, correspondant du quotidien allemand Die Welt, a été la cible de violences. Témoin d’une arrestation brutale de plusieurs Grecs par la police, il a cherché à entamer un dialogue avec un des hommes appréhendés, et bien qu’il ait signifié sa qualité de journaliste, il s’est vu passer les menottes au motif qu’il n’avait pas respecté un ordre des policiers. Avant d’être détenu pendant une heure, il avait été jeté à terre par plusieurs officiers dont certains l’avaient malmené le faisant hurler de douleur en exerçant des pressions sur lui avec leurs genoux.


Iason Athanasiadis est l’un des journalistes qui ont couvert la crise humanitaire qui a laissé le 9 septembre 11 000 personnes sans abri au camp de réfugiés de Mória à la suite d’un gigantesque incendie. Désireuse de contrôler la couverture de cet événement, la police grecque a exigé que les professionnels montrent patte blanche avant de leur octroyer des autorisations ou de les leur refuser. 


Isabel Schayani, journaliste pour la télévision publique allemande ARD, Franziska Grillmeier, journaliste indépendante, Maria Malagardis, journaliste pour Libération, Mortaza Behboudi, reporter pour ARTE, Marina Rafenberg, correspondante de plusieurs médias français et la Britannique Katy Fallon : tous ont été victimes de restrictions et entraves à leur liberté de travailler et d’informer, les forces de l’ordre invoquant tantôt le Covid-19, tantôt une opération militaire ou des ordres à exécuter ou exigeant des accréditations particulières.


“La stratégie des autorités grecques est claire : décourager les journalistes de couvrir la manière dont elles gèrent la crise des réfugiés à Lesbos, serait-ce au prix de violences policières, déclare Pavol Szalai, responsable du bureau UE/Balkans de RSF. Non seulement elles violent la liberté de la presse, mais elles nient aussi le droit à l’information du public local et international.” 


L’arbitraire et les conditions de travail incertaines auxquels sont soumis les  journalistes à Lesbos ont été condamnés dans une lettre ouverte aux autorités grecques signée, le 16 septembre, par sept organisations de défense de la liberté de la presse, dont RSF.


Depuis 2017 au moins, la police grecque a entravé le travail des médias à Lesbos, poursuivi certains journalistes et n’a pas assuré la protection de certains autres alors qu’ils étaient victimes d’agressions de la part d’habitants hostiles aux immigrants.


La Grèce occupe le 65e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.