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7 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Covid-19 en Inde : deux journalistes injustement accusés de désinformation après un reportage sur les effets du confinement sur la population

Le journaliste Vijay Vineet a voulu couvrir les effets du confinement total de l’Inde, décrété le 24 mars, sur les franges les plus fragiles de la population (photo : VV / Jansandesh Times).
Les deux journalistes ont réalisé un reportage au sein d’une communauté défavorisée d’Inde du nord touchée par la famine suite au confinement du pays. Reporters sans frontières (RSF) dénonce la tentative des autorités locales de censurer les informations qu’ils ont publiées.

La crise du coronavirus peut avoir des conséquences inattendues et révéler de cruelles réalités. Le journaliste Vijay Vineet en a fait l’expérience, lorsqu’il a voulu couvrir les effets du confinement total de l’Inde, décrété le 24 mars, sur les franges les plus fragiles de la population. Reporter pour le quotidien hindiphone Jansandesh Times, il est allé enquêter, le lendemain de cette décision, dans un village du district de Bénarès, dans le nord du pays, peuplé de 17 familles de la minorité tribale des Musahar, traditionnellement assimilée à la caste des intouchables. 


Il y a notamment découvert des enfants affamés, contraints de manger des herbes destinées au bétail parce que leurs parents, confinés, ne peuvent travailler et ne touchent plus le salaire journalier suffisant pour sustenter leur famille. 


Au lendemain de la parution de l’article, photo à l’appui, le maire du district, Kaushal Raj Sharma, a contesté la véracité de l’information et a accusé Vijay Vineet, ainsi que son rédacteur en chef, Subhash Rai, de diffuser des ”fausses informations dans une période sensible. Décrivant l’article comme une “tentative dangereuse” de le décrédibiliser, l’édile a déposé une mise en demeure, menaçant de porter plainte si un rectificatif n’était pas publié. 


Crainte de poursuites


Contacté par RSF, Vijay Vineet a déclaré qu'il ne modifierait en aucun cas son article, même s’il craint des poursuites en justice. “J’ai travaillé sur les problématiques de pauvreté et de famine toute ma vie, précise le journaliste, fort de 35 ans d'expérience. C’est la première fois qu’un gouvernement dépose une mise en demeure contre moi en raison de mon travail.”


“Il n’est pas acceptable que des journalistes soient inquiétés pour avoir eu le courage de mettre au grand jour les réalités des effets du confinement sur les couches plus déshérités, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons les autorités du district de Bénarès à lever immédiatement les accusations abusives qui pèsent sur Vijay Vineet et Subhash Rai. Les journalistes doivent pouvoir travailler d’autant plus librement que les citoyens indiens traversent une ‘période sensible’.”


Les reporters indiens qui couvrent les problématiques liées à la pauvreté font régulièrement l’objet de poursuites. Comme évoqué par RSF l’année dernière, dans la même province de l’Uttar Pradesh, un autre reporter du Jansandesh Times, Pawan Jaiswal, avait été accusé de “conspiration criminelle” et diffamation pour avoir diffusé un reportage vidéo sur une école qui ne servait à ses écoliers, pour le déjeuner, rien d’autre que du pain et du sel.


L’Inde se situe à la 140e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF en 2019.