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29 avril 2020

Couverture du coronavirus au Pakistan : RSF adresse quinze recommandations spécifiques garantissant la sécurité des reporters

Le photographe de l’AFP Aamir Qureshi couvre la célébration du dimanche des rameaux par des membres de la communauté chrétienne d’Islamabad, durant la pandémie de Covid-19, le 5 avril 2020 (photo : AFP).
Alors que le nombre des journalistes contaminés au Pakistan connaît actuellement une croissance particulièrement rapide, Reporters sans frontières (RSF) et son partenaire Freedom Network Pakistan (FNPK) adressent une série de quinze recommandations à destination des rédactions et des directions des médias, afin que leurs employés puissent travailler en parfaite sécurité.

Bien que tardive, la prise de conscience est particulièrement salutaire. Selon un décompte effectué par RSF, un total de 39 journalistes et collaborateurs de médias pakistanais ont été contrôlés positifs au Covid-19, au soir du mercredi 29 avril. Mais ce chiffre pourrait être largement sous-estimé, faute de tests effectués par les organes de presse.


À titre d’exemple, lundi 27 avril, la direction du réseau télévisé ARY News a révélé que pas moins de huit cas de coronavirus ont été détectés au sein du personnel du siège de la chaîne, à Islamabad, à l'issue de tests effectués sur 20 employés, soit un taux de 40% de contaminés. Aujourd’hui, mercredi 29 avril, le réseau télévisé 24 News HD / City 42 a déclaré dix cas au sein de son personnel, à l’instar du groupe de presse Dunya News, qui a lui aussi identifié dix cas de contamination au Covid-19 chez ses employés.


“La révélation de ces chiffres permet de souligner un niveau d’exposition au Covid-19 particulièrement élevé pour les reporters pakistanais, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Dans le pays, les journalistes font clairement partie des professions à risque, et il convient de mettre en place des mesures adaptées pour s’assurer qu’ils travaillent en parfaite sécurité lorsqu’ils mènent leur mission.


Sur le front


“Au Pakistan, les journalistes font partie des héros qui sont sur le front, au même titre que les personnels soignants, les agents paramédicaux et les fonctionnaires des forces de l’ordre, complète Iqbal Khattak, directeur de FNPK. Il incombe aux organes de presse et à l’Autorité de gestion des catastrophes naturelles de fournir aux reporters tout l’équipement nécessaire afin qu’ils puissent tenir leurs concitoyens informés.” 


Selon les informations recueillies par RSF, deux journalistes de ARY News basés à Muzaffarabad, au Cachemire pakistanais, ont été testés positifs. Trois reporters de la chaîne 24 News ont été contaminés à Lahore, dans l’est du pays. Un journaliste et un technicien du réseau Geo News à Karachi, dans le sud, ont également été testés positifs.


L'agence de presse nationale Associated Press of Pakistan (APP) a elle-même fermé ses bureaux d’Islamabad le 24 avril, après la révélation de la contamination d’un de ses présentateurs. Deux autres journalistes de GNN et Such News, basés à Peshawar, dans le nord-ouest, ont également été détectés porteurs du coronavirus.



Des membres des personnels soignants pakistanais prélèvent des données auprès d’un journaliste afin de déterminer s’il est positif au test du Covid-19, à Quetta, le 4 avril (photo : Banaras Khan / AFP).



Afin de permettre aux journalistes de pouvoir travailler sans danger, RSF a mis en place une série de recommandations et d’informations pratiques compilées au sein de son Observatoire 19, un outil qui permet d’évaluer les impacts de la pandémie de Covid-19 sur le journalisme et la liberté de la presse.


En partenariat avec son partenaire local FNPK, RSF est en mesure d’adresser une série de recommandations plus spécifiquement adaptées à la situation des reporters au Pakistan, où les organes de presse tendent notamment à privilégier les directs sur le terrain, parfois au mépris des règles sanitaires de base.


Recommandations à destination des rédactions et des directions des médias :


1. Ne pas envoyer de journaliste en reportage dans les endroits où elle/il risque de devoir se mêler à une foule.


2. Eviter tout direct extérieur depuis un marché ou depuis tout autre endroit bondé.


3. Inciter les reporters d’image et les membres des équipes des camions satellites à rentrer le plus vite possible dans le véhicule, et faire en sorte qu’elles/ils disposent d’eau, de savon et de produit désinfectant.


4. Dans les rédactions, inciter les employés à respecter strictement la distanciation sociale et à se laver les mains et le visage toutes les heures.


5. Désinfecter régulièrement ordinateurs et matériel technique.


6. Éviter d’envoyer des reporters à des conférences de presse jugées inutiles en temps de pandémie.


7. Privilégier les communiqués ou les conférences de presse du ministère de la Santé, des gouvernement régionaux ou des porte-paroles du gouvernement par vidéo-conférence.


8. Ne pas demander aux rédacteurs et reporters d’images de réaliser des directs à l’intérieur des hôpitaux, et leur demander de toujours suivre les demandes des médecins.


9. Toujours vérifier la température des invités sur les plateaux télévisés à l’aide de scanners thermiques, et leur demander de se désinfecter les mains en entrant.


10. Fermer les cantines et cafétérias des organes de presse ou, au mieux, ne pas autoriser plus de dix personnes à y manger en même temps.


11. Veiller à la propreté des cuisines et du personnel. 


12. Mettre en place une “Assurance-Vie Corona” à destination des employés de tous les groupes de presse, et prendre en charge les dépenses éventuelles d’un collaborateur et de sa famille en cas de contamination au Covid-19.


13. Mettre à jour les régimes d’assurance-maladie pour les employés des organes de presse, avec effet immédiat


14. En plus de cela, il est demandé aux Clubs de la presse et aux syndicats de mettre en place un fonds de sécurité pour les reporters et collaborateurs des médias, alimenté notamment par des contributions de la part des journalistes gagnant plus de 100.000 roupies par mois.


15. Enfin, il incombe au gouvernement central et aux exécutifs provinciaux de débloquer des crédits financiers spéciaux destinés aux organes de presse afin qu’ils puissent payer leurs employés et régler toute dépense extraordinaire.


En chute de trois places, le Pakistan se situe à la 145e position sur 180 pays dans l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse publiée par RSF.