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20 avril 2016

Classement mondial de la liberté de la presse 2016 : la France (45ème) recule de 7 places

La France figure à la 45ème place du Classement de la liberté de la presse 2016 publié par RSF. Au-delà des assassinats à Charlie Hebdo, le rachat de médias par des acteurs de la finance et de l’industrie suscite des craintes de plus en plus grandes sur l’indépendance éditoriale.

La France était déjà relativement mal placée au Classement mondial de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF), mais sa situation empire à nouveau. Classé 44ème à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le pays était 38ème en 2015. En 2016, il figure en 45ème position, en recul de 7 rangs. La chute de la France s’explique notamment par l’assassinat des huit collaborateurs de Charlie Hebdo en janvier 2015, la pire exaction commise envers des journalistes sur le sol européen. Le classement RSF rend compte de la situation des journalistes dans un pays. Il ne s’agit pas d’un palmarès des politiques publiques. Au demeurant, cette tragédie ne saurait être imputée au gouvernement français.

Lors de l’adoption de la loi sur l’état d’urgence, des députés socialistes avaient déposé un amendement réclamant que les dispositions attentatoires à la liberté de la presse, prévues dans le texte initial de 1955, soient reprises. Le pouvoir exécutif s’est heureusement opposé à cette aberration. Néanmoins, la loi sur le renseignement du 24 juillet 2015, même si elle prévoit une procédure plus protectrice pour les journalistes que s’ils étaient soumis au régime commun, fait peser un risque sur la protection du secret de leur travail. Et la promesse électorale de François Hollande sur de meilleures garanties pour la protection des sources n’a pour l’instant pas été tenue, même si un texte est actuellement à l’étude au parlement. Le texte en question prévoit également des dispositions sur l’indépendance des médias.

L’appropriation des médias par une poignée d’hommes issus de la finance et de l’industrie constitue d’ailleurs la principale raison du recul relatif de la France. Le phénomène, déjà prégnant ces dernières années, s’est accentué. L’entrée de Vincent Bolloré au capital de Canal+ a été marquée par des intrusions de l’actionnaire dans l’éditorial. Le 3 juin 2015, l’homme d’affaires Patrick Drahi acquérait le groupe Express. Alors même que dans un pays comme l’Allemagne les propriétaires de groupes de médias vivent de cette activité, le paysage médiatique français est largement constitué de groupes dont les propriétaires ont d’autres intérêts, qui souvent pèsent beaucoup plus, que leur attachement au journalisme. Cette situation entraîne des conflits d’intérêts qui font peser une menace sur la liberté de l’information, et même sur la situation économique des médias, le développement de ces derniers étant pour leurs détenteurs un objectif second.

On note également une hostilité grandissante à l’égard des journalistes, de la part de responsables politiques comme de militants. Le Front National s’est notamment fait remarquer par son attitude

agressive, en restreignant par exemple l’accès de la presse à ses meetings, quand ceux-ci ne sont pas roués de coups. Les agressions de reporters se multiplient lors des manifestations.

Publié chaque année depuis 2002 à l’initiative de RSF, le Classement mondial de la liberté de la presse mesure le degré de liberté dont jouissent les journalistes dans 180 pays grâce à une série d’indicateurs (pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence, infrastructures, exactions).

Retrouvez la méthodologie et le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 sur le site RSF.org.