Actualités

6 janvier 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Censure politique autour d'un scandale de corruption : près de 70 journalistes poursuivis


Türkçe / Lire en turc La Commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire de corruption éclaboussant le cabinet de l’ancien Premier ministre Recep Tayyip Erdogan depuis plus d’un an, a décidé à la majorité, le 5 janvier 2014, de ne pas poursuivre les quatre anciens ministres mis en cause dans ce scandale. Avec cette décision, prend fin l’interdiction émise par un tribunal d’Ankara, le 25 novembre 2014, d’aborder leurs auditions. Une interdiction non respectée par la plupart des médias critiques. Prés de 70 représentants de médias turcs sont actuellement poursuivis en justice pour avoir évoqué ou dénoncé les allégations de corruption des proches de l’ex Premier-ministre et actuel président. Pour exemple, la célèbre présentatrice de télévision Sedef Kabas, a été interpellée le 30 décembre 2014, à Istanbul, tandis que son matériel informatique et son téléphone portable ont été saisis lors de la perquisition de son domicile, après l'envoi d'un message sur Twitter critiquant le juge Hadi Salioglu pour avoir classé sans suite, en octobre 2014, l’affaire de corruption. Malgré les efforts du procureur pour la maintenir sous contrôle judiciaire, elle a été remise en liberté sur décision du juge. Elle a par ailleurs reçu plusieurs menaces de la part d’adhérents du parti au pouvoir (AKP), formation dont est issu Recep Tayyip Erdogan. Le même jour, le journaliste d’opposition Mehmet Baransu, chroniqueur du quotidien Taraf, a été interpellé pour la quatrième fois consécutive par la police pour un tweet critiquant sévèrement Mustafa Varank, l’un des conseillers du président turc. ---------- 27.11.2014 - Nouvelle entrave à la couverture d’un important scandale de corruption Türkçe / Lire en turc Un tribunal d’Ankara a interdit, le 25 novembre 2014, aux médias turcs d’évoquer l’audition de quatre anciens ministres par la commission parlementaire chargée d’enquêter sur un retentissant scandale de corruption. Reporters sans frontières dénonce une censure politique hors de toute proportion et appelle la justice à revenir sur cette décision. Près d’un an après le scandale de corruption présumée qui a ouvert une crise politique majeure en Turquie, les manœuvres de censure continuent de se multiplier sur cette affaire. Le 25 novembre, la 7e chambre du tribunal de paix d’Ankara a interdit aux médias d’évoquer l’audition de quatre anciens ministres par la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les allégations de corruption. Cette décision, justifiée par la nécessité de protéger le secret de l’enquête et la présomption d’innocence, fait suite à une demande du porte-parole du Parlement. Le tribunal a considéré qu’il fallait « prévenir toute atteinte aux droits personnels » de Zafer Çağlayan, Muammer Güler, Egemen Bağış et Erdoğan Bayraktar et « protéger leur réputation ». Après de multiples reports, la commission d’enquête parlementaire commence à entendre les quatre anciens ministres ce 26 novembre. L’ancien ministre de l’Environnement, Erdoğan Bayraktar, est le premier entendu. Egemen Bağış, anciennement en charge des Affaires européennes, doit être entendu le 27 novembre. « Diffamation et atteinte à la présomption d’innocence sont déjà interdits par la loi turque, et peuvent être sanctionnés après avoir été constatés, rappelle Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters sans frontières. Mais en interdisant a priori toute mention de l’événement, y compris par des images, la justice censure de façon injustifiable la couverture médiatique. Le débat public ne peut faire pas l’impasse sur des soupçons de corruption à l’encontre de quatre anciens ministres. Et ce, d’autant moins que les développements de cette affaire rythment la vie politique turque depuis près d’un an. » Les 17 et 25 décembre 2013, des dizaines de personnalités de haut rang ont été interpellées dans le cadre d’une vaste enquête anti-corruption. Parmi elles figuraient les fils de quatre ministres, le directeur exécutif d’une banque d’État et un magnat du secteur de la construction. Le gouvernement a très vivement réagi contre ce qu’il considère comme un complot mis en œuvre par ses anciens alliés de la confrérie Gülen, un influent mouvement religieux qui compte de nombreux membres au sein de la police et des institutions judiciaires. Des centaines de policiers, inspecteurs, juges et procureurs ont été licenciés au cours des mois suivants, jusqu’à ce que l’enquête sur un des principaux volets de l’affaire soit classée sans suite, en octobre 2014. Une commission d’enquête parlementaire a été instituée, mais son inaction fait dire à de nombreux commentateurs qu’elle ne sert qu’à donner le change. Alors que cette affaire domine le débat public, les autorités ont multiplié les entraves à sa couverture médiatique tout au long de l’année. Licenciements de journalistes et blocages de sites internet critiques se sont multipliés tandis que le gouvernement a étendu les pouvoirs des services secrets et les a autorisés à mettre en œuvre une surveillance généralisée de la population. L’interdiction de publier ordonnée le 25 novembre court jusqu’à la fin de l’enquête parlementaire, le 27 décembre. Ce qui couvre fort opportunément les dates anniversaires des deux principaux coups de filet. En février, une cour pénale d’Istanbul avait déjà interdit toute mention du rôle joué dans ce scandale de corruption par l’homme d’affaires Reza Zarrab. Les interdictions de publier en Turquie sont de plus en plus fréquentes et étendues. En juin 2014, le silence a été imposé sur les 80 ressortissant turcs pris en otage en Irak par le groupe État islamique. En janvier, ce sont de mystérieux camions à destination de la Syrie qui faisaient l’objet d’un blackout, alors que plusieurs médias y voyaient des convois d’armes organisés par les services secrets turcs. En mai 2013, les sanglants attentats de Reyhanli, à la frontière syrienne, avaient également fait l’objet d’une interdiction de publier. La Turquie occupe la 154e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse, établi par Reporters sans frontières. (Photos: Ozan Kose / AFP, Bianet)