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28 novembre 2019

Cameroun : malade et privé de soins, Amadou Vamoulké maintenu en prison

Amadou Vamoulke à son arrivée au Tribunal criminel spécial (TCS) de Yaoundé, Cameroun, le 21 novembre 2019. Crédit : RSF
Le Tribunal criminel spécial (TCS) de Yaoundé a refusé la demande de remise en liberté provisoire pour l’ancien directeur général de l’audiovisuel public camerounais. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une décision qui sonne comme une première condamnation alors que deux expertises médicales, fournies au tribunal, attestent de la nécessité d’un suivi médical incompatible avec une détention provisoire, elle-même illégale au regard du droit camerounais.

Ni la morale ni le droit n’ont prévalu lors de cette 25e audience devant le Tribunal criminel spécial (TCS) de Yaoundé ce jeudi 28 novembre. Suivant les réquisitions du ministère public, les magistrats ont rejeté la demande de remise en liberté déposée par les avocats d’Amadou Vamoulké, l’ex-dirigeant de la CRTV, estimant qu’elle n’était “pas fondée”.

Lors de la précédente audience, la semaine dernière, l’avocat général avait déclaré que le journaliste qui a dirigé la radiotélévision nationale de 2005 à 2016 ne pouvait prétendre à ce type de “dispositions bienveillantes” du Code pénal puisque les faits pour lesquels il est poursuivi, des détournements de fonds non pas à des fins personnelles mais au seul profit de la CRTV, sont passibles de l’emprisonnement à vie. Pourtant, l’une des coprévenues dans cette affaire est déjà en liberté provisoire. De même, la durée de cette détention provisoire, plus de trois ans et trois mois, s’inscrit en violation des lois camerounaises. Le Code pénal prévoit un maximum de 18 mois tandis que le tribunal criminel spécial a neuf mois pour juger les prévenus.

“Cette décision du tribunal apparaît comme une première condamnation, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Maintenir ce journaliste en prison, continuer à le priver des soins et examens dont il a besoin, relève de l’acharnement et de la torture. Cette décision a été rendue au dépit du bon sens, du droit, de la morale et de la dignité humaine. Elle confirme, s’il en était besoin, le caractère politique de ces poursuites qui durent depuis trois ans et demi.”

La prochaine audience, la 26e depuis l’ouverture du procès, a été fixée au 7 janvier.

Lors d’une visite effectuée à la prison de Kondengui à Yaoundé le 19 novembre, RSF avait pu constater qu’Amadou Vamoulké n’avait reçu aucun soin plus de deux mois après qu’une “neuropathie” lui a été diagnostiquée par deux neurologues. Leurs expertises médicales respectives ont été transmises au tribunal. RSF les a également envoyées au groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU et au rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les deux mécanismes ont été saisis en procédure d’urgence.

Le Cameroun occupe la 131e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.