Actualités

16 décembre 2019

Cambodge : RSF exige l’abandon des charges qui pèsent contre les reporters Aun Pheap et Zsombor Peter

Zsombor Peter (gauche) et Aun Pheap risquent chacun deux ans de prison pour une affaire d’incitation au crime montée de toute pièces (photos : Ben Woods).
Ces deux anciens journalistes du Cambodia Daily sont appelés à comparaître devant un tribunal, le 25 décembre, pour répondre d’accusations totalement fabriquées portées il y a plus de deux ans. Reporters sans frontières (RSF) exige l’abandon immédiat de ces charges absurdes.


Tout, dans cette affaire, confine à la mascarade judiciaire. Et pourtant, le reporter cambodgien Aun Pheap et son confère Zsombor Peter, de nationalité canadienne, sont cités à comparaître, le 25 décembre prochain, devant la cour provinciale de Ratanakiri, dans le nord-est du Cambodge. C’est leur avocat, Me Sek Sophorn, qui a été informé de cette décision la semaine dernière, confirmant à RSF qu’il n’a, du reste, jamais été notifié de la fin de l’instruction de cette affaire.

 

Une “affaire” qui remonte à mai 2017, lorsque les deux journalistes couvraient, dans cette province, la campagne des élections municipales prévues le mois suivant. RSF avait découvert cinq mois plus tard, en même temps que les deux reporters, qu’une plainte avait été portée contre eux, fin août, pour “incitation au crime” - sans pour autant que le moindre élément concret vienne étayer l’accusation.

 

Fin août 2017, c’est aussi la période durant laquelle le Cambodia Daily a été forcé de fermer sous la pression du gouvernement, qui avait entamé une politique de répression implacable de toute presse indépendante. Contraints à l’exil en raison de cette plainte, Zsombor Peter et Aun Pheap risquent toujours deux ans de prison.

 

En annonçant la tenue de ce procès, en maintenant les accusations absurdes qui pèsent contre les deux journalistes, le tribunal de Ratanakiri se couvre non seulement de ridicule, mais il montre - si cela était encore nécessaire - à quel point la justice cambodgienne est totalement instrumentalisée, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Les deux journalistes se sont contentés de faire leur travail, et cette accusation pèse encore sur eux comme un couperet. Il apparaît clair que le harcèlement dont ils sont l’objet n’a qu’un seul but : intimider l’ensemble de la profession.”

 

Mesquinerie

 

La date choisie pour la tenue de cette audience, le 25 décembre, est une mesquinerie supplémentaire qui rappelle les pratiques des pires régimes autoritaires - lesquels profitent de la “trêve de fin d’années”, pratiquée dans de nombreux pays démocratiques, pour allègrement violer les droits de l’homme sans trop de publicité.

 

Par exemple, le célèbre blogueur chinois Wu Gan a été condamné à huit ans de prison le 26 décembre 2017. Il y a dix ans, c'est le 25 décembre 2009 que le prix RSF et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo était lui-même condamné à onze ans de prison par une cour de Pékin. 

 

Le Cambodge, qui semble suivre ce funeste exemple chinois, a perdu onze places entre 2017 et 2019 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, pour se retrouver à la 143e position sur 180 pays.