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8 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Cambodge : le reporter Sovann Rithy jeté en prison pour avoir relayé une citation du Premier ministre en lien avec le Covid-19

Sovann Rithy, directeur de TVFB, arrive sous escorte de la police devant le tribunal municipal de Phnom Penh, le mercredi 8 avril 2020 (photo : Panha Chhorpoan / CamboJA).
Reporters sans frontières (RSF) exige la libération immédiate du journaliste, emprisonné parce qu’il a simplement relayé sur Internet un commentaire prononcé le jour-même par le Premier ministre Hun Sen. L’organisation demande le rétablissement de la licence du média qu’il dirige.

Il risque jusqu’à deux ans de prison pour avoir cité le Premier ministre. Le directeur du site d’information TVFB, Sovann Rithy, a été arrêté hier, mardi 7 avril dans la soirée, par la police municipale de Phnom Penh. Selon le commissaire en chef, Sar Theth, le journaliste a été interpellé pour “incitation au chaos et nuisance à la sécurité sociale”, en vertu de l’article 495 du Code pénal. Sovann Rithy doit comparaître demain devant le tribunal municipal de la capitale.


En fait d’incitation au chaos, Sovann Rithy s’est contenté de relayer, dans un post Facebook, une phrase prononcée par le Premier ministre Hun Sen lui-même, plus tôt dans la journée, dans une conférence de presse sur les effets de la crise du Covid-19 : “Si les motos-taxis font faillite, alors vendez vos motos pour [pouvoir] dépenser de l’argent. Le gouvernement ne pourra pas vous aider.”


En référence à la publication de cette information, le ministère de l’Information a ordonné, aujourd’hui mercredi, la révocation pure et simple de la licence de TVFB, au prétexte que le journaliste aurait “sélectionné” la citation.


Kafkaïen


“Nous appelons la justice cambodgienne à mettre un terme immédiat à cette affaire totalement kafkaïenne en libérant Sovann Rithy sur le champ, et demandons par ailleurs au gouvernement de rétablir la licence de diffusion de TVFB, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Emprisonner un journaliste parce qu’il a cité, mot pour mot, une déclaration du Premier ministre dépasse les bornes de l’absurde. La crise du Covid-19 ne doit pas servir de prétexte pour faire taire les journalistes qui ne suivent pas aveuglément le discours officiel du gouvernement.”


Le Cambodge se situe à la 143e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.