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25 août 2017 - Mis à jour le 4 septembre 2017

Cambodge : le gouvernement s’attaque aux médias indépendants

Le Premier ministre cambodgien, Hun Sen. photo : Wang Zhao / AFP
Le Cambodia Daily et plusieurs autres médias indépendants cambodgiens, connus pour leurs propos critiques contre le pouvoir, sont la cible d’attaques du gouvernement et sont contraints à la fermeture. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une inquiétante reprise en main des médias indépendants du pays, un an avant les prochaines élections.

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Actualisation le 04/09/2017


Après plus de 24 ans d’existence et de lutte pour une information libre et indépendante, le quotidien anglophone The Cambodia Daily, victime de pressions économiques sans précédent, a été contraint de mettre la clé sous la porte et a publié sa dernière édition le 4 septembre 2017. RSF dénonce ce nouveau seuil franchi dans l’atteinte à la liberté de la presse au Cambodge. Le silence des autorités face aux appels répétés de l’équipe du journal et de RSF pour obtenir un audit et ainsi justifier la dette réclamée par le pouvoir et l’arrestation en parallèle du leader de l’opposition, Kem Sokha, chef du Parti du salut national du Cambodge confirment une volonté des autorités de museler toutes les critiques, en vue des futures élections générales.


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25/08/2017

Le Cambodia Daily a été la première cible du gouvernement. L’équipe du quotidien anglophone a soudainement découvert devoir une somme de 6,3 millions de dollars US (environ 5,3 millions d’euros) au ministère des Finances pour des taxes et impôts impayés. Le journal a pour obligation de s’acquitter de ses supposées dettes d’ici le 4 septembre prochain. En cas de défaut de paiement, il devra “plier bagage et partirselon les paroles du Premier ministre cambodgien Hun Sen.


Le quotidien a été mis en demeure quelques jours à peine après une réunion du Conseil des ministres début août, au cours de laquelle le Premier ministre cambodgien Hun Sen a annoncé vouloir enquêter sur les impôts et les taxes des médias et des ONG du pays. Aucun audit n’a été réalisé, dénonce Jodie DeJonge, la rédactrice en chef du quotidien, qui estime que la réclamation du gouvernement est arbitraire et politique: “Cela fait plusieurs mois que le gouvernement critique de façon de plus en plus véhémente le Cambodia Daily, et voilà que nous recevons cette facture d’impôts astronomique. Il ne s’agit pas d’un problème de taxes, mais d’une question de liberté d’expression”, a-t-elle déclaré à RSF.


The Cambodia Daily est un des médias indépendants au Cambodge qui traitent de sujets gênants pour le gouvernement, comme la corruption ou la déforestation. La fuite de l’avis d’imposition, qui a été publié sur le site pro-gouvernemental Fresh News, est également perçu comme un élément d’intimidation à l’encontre de ceux qui osent évoquer les problèmes rencontrés par le pays.


“Réclamer de fortes sommes d’argent à un média sans avoir préalablement réalisé d’audit et le menacer de fermeture en cas de non paiement dans des délais extrêmement courts sont autant de moyens indirects de censurer un média, dénonce Reporters sans frontières. Ces attaques sont d’autant plus inquiétantes qu’elles surviennent un an avant les prochaines élections, précise RSF qui craint une répression préventive pour supprimer des voix susceptibles de donner du poids à l’opposition.



Pas de voix pour l’opposition


Les craintes d’une reprise en main des médias indépendants se confirment avec la fermeture concomitantes de plusieurs radios. Sans préavis, le ministère de l’Information a ordonné le 23 août à deux radios locales indépendantes, Women’s Media Center of Cambodia (WMC) et Mohanokor, de suspendre leurs activités, officiellement pour avoir été en infraction avec les termes de leurs licences. Les radios Kampong Cham, Angkor Ratha et Samleng Cheayden ont également été fermées jeudi 24 août. Les stations rediffusaient les programmes de Radio Free Asia (RFA) et Voice of America (VOA), médias réputés pour leurs contenus pro-démocratiques et favorables aux droits de l’homme. Ces radios avaient elles-mêmes été la cible d'intimidations de la part du Cambodge en 2012.


En comptant les relais locaux de chaque radio mère, en tout, ce sont plus d’une dizaine de stations qui ont été fermées en l’espace de quelques jours. La direction de la radio Mohanokor, officiellement fermée pour “ne pas avoir demandé l’autorisation de diffuser des programmes extérieurs” estime que la décision du ministère est injustifiée. De son côté, la directrice de WMC, qui a dû cesser de relayer les programmes de VOA et RFA, s’interroge sur la réaction tardive des autorités, car selon elle, “de tels programmes n’ont jamais posé problème par le passé”.


RSF précise que les programmes de RFA restent accessibles sur les ondes courtes ou sur leur page Facebook anglaise ou en khmer, tout comme le contenu de VOA.


Le Cambodge occupe la 132ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2017.