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31 août 2018 - Mis à jour le 21 septembre 2018

Cambodge : le documentariste australien James Ricketson condamné à six ans de prison

James Ricketson est malmené par la police alors qu’il est ramené en prison (photo: Tang Chhin Sothy / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) dénonce avec la plus grande fermeté la peine d’emprisonnement infligée, ce vendredi 31 août, au documentariste australien James Ricketson. L’organisation demande sa libération immédiate et inconditionnelle.

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Actualisation

Reporters sans frontières (RSF) est soulagée d’apprendre que les autorités cambodgiennes ont accordé une grâce à James Ricketson le 21 septembre 2018. L’organisation appelle à sa libération immédiate, et déplore le fait que le documentariste a dû passer quinze mois et 21 jours en détention dans des conditions déplorables pour l'accusation fallacieuse d'"espionnage", avant d’apprendre qu’il va finalement pouvoir être libéré.

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“Dîtes-moi au moins pour le compte de qui je suis censé être un espion !” C’est la demande que le documentariste australien James Ricketson a adressé aujourd’hui vendredi 31 août, à travers les grilles du fourgon de police qui le ramenait à la prison de Prey Sar, à Phnom Penh. Il venait d’apprendre sa condamnation à six ans de prison pour “espionnage”.


Agé de 69 ans, il a été arrêté le 3 juin 2017 à son hôtel. Pour le placer en détention, la police a prétexté le fait qu’il avait filmé avec un drone, la veille, un rassemblement du principal parti d’opposition - interdit quelques mois plus tard.


L’instruction, pour sa part, s’est appuyée sur quelques photos et courriels insignifiants saisis sur son ordinateur pour monter un dossier contre celui qu’elle décrit comme quelqu’un venu au Cambodge avec “l’intention d’inciter à la haine”. Cela fait pourtant vingt ans que James Ricketson, reconnu en Australie pour ses documentaires à la fibre sociale, se rendait régulièrement au Cambodge pour y filmer les réalités des franges les plus précaires de la population.


Tout au long du procès, il a répété que son œuvre était à visée purement journalistique. Les témoins présentés par la défense, dont le célèbre metteur en scène Peter Weir, ont tous assuré la cour de son dévouement et de la grande intégrité de son travail documentaire.


“Cette peine de six ans de prison est absolument inacceptable, dénonce Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Rien ne tient dans ce dossier : une arrestation pour des prétextes totalement fallacieux, une détention provisoire qui dure 14 mois, une instruction parfaitement spécieuse… Ce jugement vient prouver, s’il le fallait encore, l’absence totale d’indépendance de la justice cambodgienne dans les affaires concernant la liberté de la presse. Nous appelons les autorités à annuler cette décision au plus vite, si le pays veut retrouver un semblant de crédibilité sur la scène internationale.”


“Il peut mourir là-bas !”


Cette sentence est d’autant plus incompréhensible que le régime du Premier ministre Hun Sen a montré récemment des signes de détente, après qu’il a annihilé toute presse indépendante afin de remporter les élections générales du 29 juillet dernier. Ainsi, après avoir passé plus de neuf mois derrière les barreaux, les deux anciens journalistes de Radio Free Asia, Yeang Sothearin et Uon Chhin ont été libérés sous caution il y a dix jours. “C’est tellement triste pour James, déplorait ce dernier auprès de RSF après avoir appris la nouvelle de sa condamnation. Nous nous étions liés d’amitié en prison, il nous prêtait des livres en anglais. Je crains le pire pour sa santé. C’est l’enfer là-bas.”


Surpopulation carcérale, malnutrition, absence d’hygiène… Le centre de détention de Prey Sar, où se sont rencontrés les trois journalistes, est célèbre pour ses terribles conditions de détention. Très amaigri lors de son audience, James Ricketson souffre notamment de maladies de peau récurrentes. Lors du premier anniversaire de son arrestation, en juin dernier, RSF avait relayé un appel de son fils Jesse : “Il peut mourir là-bas !”


En chute de dix places par rapport à 2017, le Cambodge se situe à la 142e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.