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24 juillet 2019 - Mis à jour le 26 juillet 2019

Cambodge : deux journalistes arrêtés, deux autres devant le juge

Hun Sokha et Keo Rattana (à gauche) ont été arrêtés le 18 juillet. Uon Chhin et Yeang Sothearin comparaissent devant un juge vendredi 26 (photos : VOD - Tang Chhin Sothy / AFP).
Deux reporters viennent d’être arrêtés pour avoir couvert une manifestation liée à des expropriations illégales. A deux jours du procès de deux autres journalistes initialement interpellés en 2017, Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’acharnement judiciaire qui vise de façon grandissante les professionnels de l’information au Cambodge.

Le président du Club des journalistes indépendants (CIJ) et journaliste à CPNTV, Hun Sokha, ainsi que le rédacteur en chef de la chaîne en ligne TN-TV, Keo Ratana, ont été interpellés par la police militaire,  vendredi 19 juillet en fin de journée, pour des prétendues “violences”. En fait de violences, les deux reporters avaient simplement couvert, un peu plus tôt, une manifestation liée à des expropriations illégales en périphérie de Sihanoukville, dans le sud-est du Cambodge.

 

Dès le lendemain, le vice-président du CIJ a témoigné, dans une lettre adressée au ministère de l’Information, de la probité de ses confrères, précisant qu’ils ”sont tombés sur les manifestants par hasard” et qu’ils n’ont commis aucune violence. Au bout de 72 heures de détention, le procureur Lim Bunheng a pourtant établi des chefs d’accusation à l’encontre des deux journalistes, notamment pour “incitation au crime” et “viol de propriété” en vertu des articles 29, 495 et 497 du Code pénal, et de l’article 253 du Code foncier. Ils risquent jusqu’à deux ans de prison.

 

“Nous appelons le parquet de Sihanoukville à libérer immédiatement les deux journalistes et, si aucune nouvelle preuve est avancée, à abandonner les charges portées contre eux, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Cette énième violation de la liberté de la presse par les autorités cambodgiennes rappelle à quel point il est devenu dangereux, aujourd’hui, d’exercer le métier de journaliste de façon indépendante dans ce pays.”

 

Aucune preuve sérieuse

L’arrestation de Hun Sokha et Keo Ratana est intervenue une semaine, jour pour jour, avant le procès de deux anciens journalistes de Radio Free Asia (RFA), qui doit s’ouvrir vendredi 26 juillet. Arrêtés en novembre 2017, Uon Chhin et Yeang Sothearin ont passé plus de neuf mois en prison, et restent accusés d’”espionnage pour le compte d’une entité étrangère” et “divulgation d’informations privées reliées à la sécurité d’État” - bien qu’aucune preuve sérieuse n’ait à ce jour été apportée au dossier.

 

Contacté par RSF, le vice-président de RFA, Rohit Mahajan, leur a témoigné son soutien, précisant que les deux journalistes “font face à des accusations sans fondement, qui n’auraient jamais dû exister”, et appelant le Tribunal municipal de Phnom Penh peut encore “de rectifier la situation en abandonnant toutes les accusations qui pèsent contre eux et de mettre fin à cette affaire.”

 

Dans une série de témoignages vidéos recueillis par RSF à leur sortie de prison, Uon Chhin et Yeang Sothearin avait décrit les conditions déplorables de leur détention dans la funeste prison de Prey Sar, et la très grande précarité dans laquelle vivent aujourd’hui leur famille respective.

 

En chute d’une place par rapport à 2018, le Cambodge se situe à la 143e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.