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13 octobre 2020 - Mis à jour le 14 octobre 2020

Bulgarie : RSF dévoile ses recommandations pour que la liberté de la presse soit au coeur de la prochaine campagne électorale

Boïko Borissov à une conférence de presse (photo : AFP/Nikolay Doychinov).
Face au manque de volonté évidente du gouvernement bulgare de faire de la liberté de la presse une priorité, Reporters sans frontières (RSF) dévoile sa proposition de créer une commission nationale indépendante et pluraliste afin de faire de ce sujet un thème central de la campagne des prochaines élections législatives.

Le chef du gouvernement bulgare n’a pas tenu sa promesse d’étudier la proposition de RSF, faite lors d’une rencontre avec ses représentants en décembre 2019, suite à la signature par la Bulgarie du Partenariat international pour l’information et la démocratie. Sept mois après l’envoi au Premier ministre Boïko Borissov d’une feuille de route pour améliorer la liberté de la presse en Bulgarie, l’organisation n’a toujours pas reçu de réponse des autorités bulgares. 


“Le gouvernement bulgare fait malheureusement preuve d’un manque évident de volonté pour améliorer la liberté de la presse et respecter ses engagements internationaux, a déclaré le responsable du bureau UE/Balkans, Pavol Szalai lors d’une conférence internationale organisée le 12 octobre à Sofia par le site d’actualité européenne EURACTIV Bulgarie. Alors que la liberté de la presse est inscrite dans sa constitution, la Bulgarie risque de devenir un pays où il n’y aura plus personne pour l'exercer,” a encore estimé Pavol Szalai qui a appelé les journalistes bulgares, qui étaient présents en grand nombre à la conférence, à se mobiliser pour que leurs difficiles conditions de travail deviennent l’objet d’un véritable débat sociétal et politique d’ici les prochaines élections législatives qui doivent se tenir au printemps 2021. 


Dans cette optique, RSF a décidé de rendre public la proposition qui avait été communiquée au Premier ministre en mars 2020 et qui visait à créer une commission nationale indépendante et pluraliste pour l’amélioration de la liberté de la presse en Bulgarie. Présidée par une personnalité de notoriété internationale dans le domaine des droits de l’homme et composée d’experts bulgares et internationaux, la commission devrait élaborer des recommandations concrètes. Rédigées en coopération étroite avec l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ces mesures feraient ensuite l’objet d’une délibération sociétale dans le cadre d’une convention nationale et d’un débat politique au parlement. Le mandat de la commission couvrirait :

  • les garanties juridiques pour la liberté de la presse;
  • la régulation des médias audiovisuels;
  • le droit au secret des sources;
  • les délits de presse, les garanties procédurales qui les encadrent et les moyens de défense;
  • le pluralisme des médias d’information;
  • les concentrations;
  • les mesures favorisant l’indépendance éditoriale;
  • l’affectation de la publicité officielle;
  • les aides publiques à la presse;
  • l’affectation des fonds européens;
  • le cadre légal pour la distribution de la presse;
  • le fonctionnement et les financements de l’audiovisuel public;
  • l’accès à l’information publique;
  • la formation professionnelle.


Lors de la conférence du 12 octobre, la Vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence Věra Jourová a indiqué que l’exécutif européen présenterait, d’ici la fin de l’année, un plan d’action de démocratie européenne qui faciliterait la lutte contre les procédures-bâillons. Elle a par ailleurs promis que les services européens en charge de l’aide d’Etat et des marchés publics examineraient l’attribution aux médias bulgares de la publicité d’Etat et des fonds européens. Inéquitable et non transparente, la distribution des fonds nationaux et européens sert d’outil politique pour faire taire les journalistes critiques et médias indépendants. Ce phénomène ainsi que le harcèlement judiciaire, le manque de transparence de la propriété des médias et le faible état de droit en général ont été identifiés par les participants à la conférence comme les principaux problèmes de la liberté de la presse dans le pays.


La Bulgarie se situe à la 111e place sur 180, la toute dernière dans la zone UE/Balkans, au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.