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20 septembre 2019

Bulgarie : l’indépendance des médias publics gravement menacée

Silvia Velikova / DR
Reporters sans frontières (RSF) dénonce les graves pressions politiques qui ont conduit à la suspension d’une journaliste de la radio bulgare et l’interruption sans précédent du signal du radiodiffuseur pendant plusieurs heures le 13 septembre dernier.

Connue pour ses interviews sans concession et ses questions pressantes au micro de la radio nationale bulgare BNR où elle est employée depuis 26 ans, la journaliste Silvia Velikova s’est vue retirer la présentation de son émission du lendemain matin et ce sans préavis le 12 septembre dernier. Selon elle, le lien entre sa sanction et la nomination controversée, sans procédure de sélection publique du futur procureur général de Bulgarie le mois prochain, ne fait aucun doute. 

 

Mais c'était sans compter sur le soutien des collègues de la journaliste qui dès le lendemain matin ont fait bloc derrière elle, forçant la direction de la radio à annuler tous ses programmes pendant plus de cinq heures. Dans la foulée de ce mouvement de protestation inédit, la journaliste a été informée qu’elle pourrait reprendre l’antenne et son émission judiciaire mais “en binôme” de façon à respecter  “le pluralisme des opinions”.

 

Cette tentative pour “bâillonner” une journaliste afin de protéger l’unique candidat du parti au pouvoir au poste de procureur, illustre le manque d’indépendance de l’audiovisuel public bulgare et la mainmise de certains dirigeants politiques sur leur ligne éditoriale, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone Union européenne- Balkans. Alors que les pressions dirigées contre toute la presse indépendante du pays s’aggravent, la possible nomination d’Ivan Geshev au poste de procureur général de Bulgarie le 24 octobre prochain fait craindre un nouveau tour de vis du parquet bulgare à l’égard des journalistes.” 

 

Bien que la direction de la radio ait continué d'évoquer “un incident technique” pour justifier la coupure, le Premier ministre Boyko Borrisov a dû intervenir publiquement et exiger que la journaliste soit réintégrée. 

 

De son côté, le directeur de l’émission à l’origine de la sanction, a été contraint de démissionner. Après enquête, le bureau du procureur a déclaré qu’”aucun lien ne pouvait être établi” entre la suspension du signal de la BNR et la privation d’antenne de la journaliste. Pourtant, la rédactrice en chef de la radio Daniela Kusovska a témoigné publiquement des pressions “venues de très haut” exercées sur le directeur de la radio Svetoslav Kostov afin qu’il éloigne la journaliste et la prive d’antenne. 

 

La situation est si grave que le président de la République lui-même s’est exprimé cette semaine sur cette crise : “La suspension des émissions de la radio nationale démontre de nouveau la nécessité d’identifier qui régente les médias publics, et comment... Il est évident que l’Etat (bulgare ndlr) est gouverné depuis le téléphone de quelqu’un, et non depuis les institutions, comme le veut la pratique européenne normale” a commenté le président de la République. 

 

La Bulgarie où le harcèlement judiciaire à l’égard des médias indépendants a redoublé d’intensité ces derniers mois, figure à la 111e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.