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21 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Blocage de Twitter : une censure digne des Etats les plus répressifs de la planète


Reporters sans frontières dénonce le blocage de l'accès à Twitter en Turquie, intervenu dans la nuit du 20 au 21 mars 2014.

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A la veille des élections régionales du 30 mars, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par la publication ces dernières semaines d'extraits de conversations qui lui sont attribuées. Ces écoutes, dont beaucoup sont rendues publiques sur Twitter, font état de son implication dans des affaires de corruption et de son intervention personnelle dans la ligne éditoriale de grands médias tels que HaberTürk, Milliyet, NTV ou Star.

« Cette censure extrême et absurde, lourde de conséquences pour la circulation de l'information et le débat démocratique, est digne des États les plus répressifs de la planète. La disproportion est patente entre le but officiellement recherché et les dommages causés à la liberté de l'information. Cette décision ne fait malheureusement qu'illustrer toute la portée liberticide de la loi adoptée il y a quelques semaines pour renforcer la censure en ligne. Nous appelons instamment les autorités à lever le blocage de Twitter et à réformer la législation pour garantir le respect de la Constitution et des engagements internationaux de la Turquie », déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Le blocage de l'accès à Twitter répond au dispositif législatif mis en place le mois dernier malgré un concert de protestations nationales et internationales. Le Conseil des technologies informatiques et des communications (BTK), lié au ministère des Transports et de la Communication, a fait savoir que des décisions de justice avaient été prises à l'encontre de certains contenus sur la base de plaintes pour « atteinte à la personne » et « violation de la vie privée ». En conséquence, la « suspension préventive » de l'ensemble de la plate-forme a été ordonnée le 20 mars. Le BTK a précisé que l'accès à Twitter serait restauré dès lors que Twitter « retirerait les contenus que la justice a qualifiés d’illégaux ».

Plusieurs décisions de justice sont évoquées, dont quatre ont été adoptées respectivement le 3 février, le 4 mars, le 18 mars et le 20 mars par la 14e chambre du tribunal correctionnel de la rive anatolienne d’Istanbul, la 2e chambre du tribunal de police de Samsun (nord du pays), la 5e chambre du tribunal de police de la rive anatolienne d’Istanbul et la TIB (Haute Instance de la Télécommunication).

Le 20 mars, lors d'un meeting électoral à Bursa (Nord-ouest), Recep Tayyip Erdogan avait annoncé que le blocage de Twitter était imminent. « La justice vient de prendre sa décision. Nous allons éradiquer les Twitter et consorts. Oui, tous. Ce que diront les cercles internationaux ? Cela ne me concerne pas. Ils verront la force de l’Etat de la République turque », avait-il menacé.

Il est clair que l'objectif du Premier ministre est de mettre fin à la publication des écoutes téléphoniques qui mettent le gouvernement en difficulté. Il a dénoncé les pratiques de ceux « qui n'hésitent pas à mettre sur écoute les plus hauts responsables du gouvernement » et qui « menacent désormais la sécurité de l'Etat ». « Cela n’a rien à voir avec les libertés. La liberté, ce n’est pas violer l'intimité d’une personne. La liberté, ce n’est pas non plus de faire ainsi parvenir des secrets d’Etat à des adresses internationales ».

Ces propos avaient immédiatement suscité les protestations de l’Association des éditeurs sur Internet (IYAD), qui avait estimé que « s’arroger le droit de fermer Twitter confirmerait (que la Turquie est) une dictature ». Après le blocage de Twitter, le président du barreau de Turquie, Metin Feyzioglu, a annoncé son intention de porter plainte contre les responsables de cette censure. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont fait part de leur préoccupation.

Quatre solutions pour contourner le blocage de Twitter en Turquie

1. Téléphone portable

Twitter offre la possibilité de poster des messages en envoyant des SMS.
En Turquie, pour les abonnés des réseaux Avea ou Vodafone, envoyez "START" au 2444. Pour les abonnés Turcell, envoyez "Start" au 2555. Suivez ensuite les instructions.

2. DNS

Les autorités turques ont bloqué le site de Twitter en modifiant le paramétrage des serveurs DNS. Sur Internet, un serveur DNS est une sorte d'annuaire qui fait la correspondance entre le nom informatique d'un serveur web (son adresse IP) et le nom de domaine. Twitter a été bloqué en effaçant son nom de domaine de cet annuaire. Pour contourner le blocage, il suffit d'utiliser d'autres serveurs DNS que ceux des fournisseurs d'accès locaux. C'est ainsi que fleurissent en Turquie, sur les murs et les réseaux sociaux, des infographies et des tags avec l'adresse des serveurs DNS de Google par exemple 8.8.8.8 ou 8.8.4.4.

Pour modifier les réglages de votre ordinateur, suivez ce tutoriel (en anglais).

Cette vidéo explique comment modifier les réglages DNS sur IPhone.

3. Tor

L'utilisation du réseau Tor permet de s'affranchir de la censure en ligne mise en place en Turquie. Tor fonctionne en faisant passer votre trafic web par des serveurs situés en dehors du pays, et donc non assujetties aux règles de filtrage en vigueur en Turquie.

Pour installer et comprendre le fonctionnement de Tor, consultez ce tutoriel en français ou en turc .

4. VPN de Reporters sans frontières

L'utilisation d'un VPN vous permet de vous connecter à Internet en ajoutant une « dérivation » de votre trafic, qui vous connectera dans un autre pays. En utilisant le VPN de Reporters sans frontières, vous serez connecté depuis la France et non depuis la Turquie. Le filtrage mis en place enTurquie ne s'appliquera donc plus.

Une fois le VPN RSF configuré, contactez-nous à l'adresse wefightcensorship@rsf.org pour obtenir un nom d'utilisateur et un mot de passe.

(Photo : AFP Photo / Prime Minister Press Office / Kayhan Ozer)