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30 septembre 2021 - Mis à jour le 1 octobre 2021

Birmanie : “le courage et le combat des journalistes ne doivent pas être oubliés”

L’un des clichés de la série de photos qui a remporté le prix Visa d’Or News au festival Visa pour l’image 2021 de Perpignan (photo : Panos Pictures).
Huit mois, jour pour jour, après le coup d’Etat militaire du 1er février dernier, Reporters sans frontières (RSF) dresse un état des lieux de la terreur qui frappe désormais les journalistes sur le terrain, en donnant la parole à l’un de ces héros de l’information birmans qui, malgré les risques, poursuivent leur travail coûte que coûte.

En huit mois, les militaires birmans ont réussi à détrôner les pires dictateurs qui, de l’Arabie saoudite à la Corée du Nord, emprisonnent le plus de journalistes. La Birmanie est désormais la deuxième plus grande prison de journalistes au monde, derrière la Chine...


Selon le décompte effectué par RSF, sur une centaine d’arrestations de journalistes professionnels depuis huit mois, au moins 53 sont actuellement toujours détenus dans les geôles birmanes - auxquels il faut ajouter deux journalistes non professionnels et un collaborateur de médias, eux aussi emprisonnés.


85% de ces journalistes sont des reporters de terrain - rédacteurs, photographes ou reporters d’images - et, pour trois quarts d’entre eux, ils ont été interpellés il y a plus de quatre mois. Deux données qui confirment une tendance constatée à partir du mois de juin 2021 : la majorité des journalistes actuellement en prison ont été arrêtés alors qu’ils couvraient les vastes mouvements de protestation populaire qui ont eu lieu durant les quatre mois qui ont suivi le putsch du 1er février.


Persécutions


La terreur militaire ayant fini par porter ses fruits, manifestants et journalistes ont dû, dans le courant de l’été, se résoudre à vivre dans la clandestinité. Mais la vie au secret n'épargne pas toujours les persécutions. Comme RSF l’a révélé en août puis en septembre, les cinq journalistes arrêtés durant ces deux mois ont été traqués, “débusqués” et emmenés par les forces de sécurité depuis l’endroit où ils se cachaient.


“En huit mois, la junte au pouvoir a réussi à paralyser la situation, au point que le drame qui continue de se dérouler en Birmanie est largement négligé par la communauté internationale, regrette le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Dans ce contexte, le travail que fournissent les journalistes sur le terrain est d’autant plus précieux qu’ils doivent désormais échapper à la persécution toujours plus féroce des militaires. Leurs témoignages, leur courage et leur combat ne doivent pas être oubliés.” 


RSF a récemment rencontré l’un de ces héros de l’information birmans - qui, pour des raisons de sécurité, préfère rester anonyme. Photojournaliste depuis une dizaine d’années, il a remporté, début septembre, un prix au festival Visa pour l’image 2021 à Perpignan, dans le sud de la France, pour son travail sur “la révolution du printemps”, qui a notamment été publié dans le New York Times.


Cibles désignées


“Le matin du 1er février, j’ai été réveillé par un coup de fil d’un collègue, qui me disait qu’il y avait eu un coup d'Etat - soudain, je ne savais plus du tout si j'allais pouvoir continuer mon travail de journaliste, se souvient-il. Durant les premières semaines, je pouvais photographier les manifestations, m’approcher des forces de sécurité... Mais très vite, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de place pour les journalistes.”


Dans ce contexte, le travail de reporter consiste d’abord à ne pas être blessé ou arrêté : “En tant que journalistes, nous sommes harcelés par les soldats, battus. Il faut faire très attention où l’on va, et où eux se dirigent… Les gaz lacrymogènes, les grenades assourdissantes, les balles en caoutchouc... Et très souvent, on nous vise à balles réelles. Un de mes confrères à Mandalay [au centre du pays] a perdu une main comme ça.” 


Le photographe a aussi appris à se faire discret : “On ne savait pas trop si on devait porter notre brassard et notre casque sur lesquels il était indiqué ‘presse’. Parce que cela faisait de nous des cibles désignées. C’était très dur d’évaluer si on allait pouvoir rentrer, si on allait être blessé, finir à l’hôpital… Ou être tué.”


La Birmanie se situe actuellement à la 140e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.