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11 mai 2018 - Mis à jour le 17 mai 2018

Birmanie : “Il est temps de mettre fin à une mascarade judiciaire !”

Légende: Kyaw Soe Oo (gauche) et Wa Lone (droite) sont maintenus en détention provisoire depuis le 12 décembre dernier. (photo : Ye Aung Thu / AFP).
Il y a six mois, deux journalistes de Reuters étaient arrêtés et incarcérés pour avoir enquêté sur un massacre de Rohingyas par l’armée birmane. Reporters sans frontières (RSF) exige la libération immédiate des deux reporters victimes d’un coup monté destiné à réduire les journalistes birmans au silence.

Déjà cinq mois qu’ils croupissent en prison. Wa Lone et Kyaw Soe Oo, deux journalistes birmans travaillant pour Reuters, ont été interpellés le 12 décembre dernier, à la sortie d’un restaurant où ils avaient rendez-vous avec un policier. Depuis, ils sont arbitrairement maintenus en détention, en dépit des nombreuses preuves de leur innocence. Accusés d’atteinte au secrets d’Etat, ils se sont retrouvés derrière les barreaux pour avoir simplement fait leur travail, de surcroît de manière remarquable : ils ont été parmi les seuls journalistes à enquêter sur le massacre de civils rohingyas commis le 2 septembre 2017 par l’armée birmane et des civils bouddhistes dans le village de Inn Din, dans le nord de l’Etat de Rakhine. Pour avoir commis ces “exécutions extrajudiciaires”, sept soldats ont été condamnés par un tribunal militaire à dix ans de prison. Les journalistes, eux, risquent 14 ans de prison.


Malgré un important soutien de la communauté internationale et notamment celui de RSF qui a lancé une pétition pour exiger leur remise en liberté, Kyaw Soe Oo et Wa Lone ont vu toutes leurs demandes de libération rejetées. Et ce alors que le réquisitoire et les témoignages de l’accusation présentent de nombreuses contradictions et incohérences.


Contre toute attente, le témoignage le 20 avril dernier d’un officier de police, Moe Yan Naing, qui a révélé qu’un piège avait été volontairement tendu aux journalistes, a été accepté par le juge d’un tribunal de Rangoon, malgré les demandes de l’accusation de ne pas le prendre en compte. L’officier a cependant été condamné à un an de prison la semaine suivante, une condamnation destinée selon lui à “empêcher d’autres policiers de dire la vérité”.


“Les preuves de l’innocence et du professionnalisme de Wa Lone et Kyaw Soe Oo sont écrasantes. Il est incompréhensible et inacceptable que nos deux confrères de Reuters soient toujours incarcérés, cinq mois après leur arrestation, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Il est temps de mettre fin à cette mascarade judiciaire ! Leur maintien en détention, en dépit de l’inconsistance des témoignages, des fabrications de preuves et du non-respect des procédures, relève de l’acharnement judiciaire et témoigne d’une manipulation grotesque du système juridique par les services de sécurité afin de dissuader de nouvelles enquêtes sur les agissements de l’armée dans l’Etat de Rakhine. Nous appelons le gouvernement de Aung San Suu Kyi à libérer immédiatement les deux journalistes et à garantir la liberté de la presse sur l’ensemble du territoire.”


Dès septembre 2017, RSF avait interpellé la cheffe du gouvernement birman sur les violations de la liberté de la presse commises depuis le début de la crise des Rohingyas. L’organisation demande aux autorités et à l’armée d’autoriser notamment une couverture journalistique dans l’Etat de Rakhine, théâtre d’un “nettoyage ethnique” selon l’ONU.


La Birmanie a perdu 6 places dans le nouveau classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018, et se positionne désormais à la 137e position sur 180 pays.