Actualités

9 juillet 2021 - Mis à jour le 15 juillet 2021

Bélarus : RSF dénonce une rafle coordonnée par les autorités contre les médias indépendants

Plusieurs médias indépendants biélorusses ont subi des raids policiers dans leurs locaux, des journalistes ont été perquisitionnés puis arrêtés, tandis que des sites d’information ont été bloqués. RSF dénonce une rafle organisée par les autorités pour museler la presse indépendante.

Au moins 11 journalistes arrêtés, plus d’une vingtaine de perquisitions et trois sites d’information bloqués… Le journalisme indépendant au Bélarus subit depuis le 8 juillet une véritable attaque coordonnée du pouvoir. Le premier média visé dans la capitale, Minsk, jeudi matin, Nacha Niva, est un journal populaire, l’un des plus anciens du pays (qui ne paraît plus qu’ en ligne).. Les agents ayant perquisitionné les locaux se sont particulièrement intéressés au service comptable. Les domiciles de quatre employés, dont son rédacteur en chef Yahor Martsinovitch, ont également été fouillés. Arrêté alors qu’il promenait son chien, celui-ci a été escorté à son appartement par des agents masqués, puis placé en détention provisoire. Blessé à la tête, il a reçu un “traitement médical”, selon le service de presse du Comité d’enquête.  Son adjoint, Andreï Skourko, une comptable ainsi qu’Andreï Dynko, rédacteur en chef du magazine Nacha Istoriya, publication liée à Nacha Niva, sont eux aussi emprisonnés, poursuivis pour troubles graves à l’ordre public. Quant à la journaliste Natallia Lubneuskaïa et la photographe Shoura Pilipovitch-Souchtchsyts, également arrêtéeselles ont été libérées après avoir été interrogées.


La presse locale a été également visée dans plusieurs régions. Détenu dans la ville de Orcha, au nord-est du Bélarus, le rédacteur en chef du site d’information indépendant Orcha Ihar Kazmertchak est poursuivi pour atteinte à la propriété d’autrui. Sa famille et ses amis ont été interrogés sur les dommages causés aux bâtiments de la ville avec des inscriptions politiques. Le photographe Dzianis Doubko, qui travaille pour le site, lui aussi arrêté après une perquisition, a été relâché quelques heures plus tard. Dans la région de Brest, à la frontière polonaise, les bureaux du média en ligne Intex-press ont été perquisitionnés par des agents du KGB qui ont saisi tout le matériel de la rédaction. Ses rédacteurs en chef Vladimir Yanoukevitch et Rouslan Revyako sont convoqués pour interrogatoire, après la perquisition de leurs domiciles, dans le cadre d’une enquête ouverte pour terrorisme. C’est sur la même base qu’a eu lieu une perquisition de la rédaction de Media-Polesye. D’autres journalistes sont en détention provisoire pour “insulte” ou encore “diffamation”.  


Les derniers journalistes biélorusses indépendants sont la cible d’une rafle d’une rare ampleur, digne des heures les plus sombres de l’histoire du pays, dénonce la responsable du Bureau Europe de l'Est et Asie Centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Sous des accusations fallacieuses, les autorités tentent d’étouffer les médias qui ont couvert les manifestations après les élections présidentielles controversées de l’été dernier. Avec ces raids coordonnés, au moins 22 journalistes se trouvent actuellement dans les geôles biélorusses pour avoir fait leur travail. RSF demande la libération de tous les journalistes arrêtés, et exhorte les autorités à cesser ces pressions inadmissibles sur les médias indépendants.


Le ministère de l’Information a également bloqué le site de Nacha Niva et d’au moins deux autres médias, le site spécialisé dans les nouvelles technologies Dev.by et le site miroir de la radio en exil Euroradio, dont les autorités ont fermé le bureau à Minsk lundi dernier.


Le Bélarus est dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, prédateur de la liberté de la presse qui n’a pas hésité à faire détourner un avion civil le 23 mai dernier pour arrêter l’ancien rédacteur en chef de la chaîne Telegram NEXTA Raman Pratassevitch


Pays le plus dangereux d’Europe pour les journalistes, le Bélarus occupe la 158e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.