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19 mai 2021

Bélarus : RSF dénonce la tentative des autorités de réduire au silence le principal média indépendant du pays

Crédit : TUT.BY
Le média en ligne le plus populaire au Bélarus, TUT.BY, est victime de harcèlement de la part des autorités. Le site est censuré, les locaux du site ont été perquisitionnés et ses responsables sont poursuivis dans une affaire pénale. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des accusations fabriquées de toutes pièces pour réduire au silence sa rédaction et appelle l’ONU à réagir fermement pour faire respecter le droit d’informer dans le pays.

Mardi noir pour TUT.BY, le média indépendant le plus lu au Bélarus. Le 18 mai au matin, la police et des agents du département des enquêtes financières (DFR) ont mené des perquisitions dans les bureaux de la rédaction à Minsk, la capitale. D’autres fouilles ont été effectuées dans ses antennes régionales à Brest et Hrodna, chez la rédactrice en chef Marina Zolotova et aux domiciles de certains journalistes.


Au moins 11 employés du site d’information étaient toujours détenus mercredi 19 mai au matin, dont sa rédactrice en chef, l’éditrice Volha Loïka, la journaliste Alena Talkachova, et la directrice générale, Lioudmila Tchekina. Dans un communiqué, le DFR a indiqué que les responsables du média étaient poursuivis pour “fraude fiscale”. Le journaliste Artiom Maïorov de l'hebdomadaire Belarousy i Rynok, arrêté alors qu’il était venu couvrir la perquisition des locaux à Minsk, reste lui aussi en détention.


Le média en ligne, qui a largement couvert les mouvements de protestation depuis l’élection présidentielle entachée de fraudes du 9 août 2020, a également été censuré par les autorités, mardi 18 mai. Le ministère biélorusse de l’Information a justifié le blocage par “de multiples violations de la loi sur les médias, notamment du fait de la publication d’informations interdites”.


“Ces accusations sont montées de toutes pièces pour faire taire l’un des médias les plus populaires du pays, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. Cette offensive d’envergure sur TUT.BY est une étape inquiétante vers l’annihilation du journalisme indépendant et le contrôle total de l’espace médiatique souhaité par les autorités. RSF demande à l’ONU de réagir fermement pour faire libérer tous les journalistes emprisonnés au Bélarus et faire respecter le droit d’informer.”


En janvier dernier, le ministère de l’Information avait déjà retiré son statut de média à TUT.BY, qui revendique jusqu’à 20 millions de visiteurs quotidiens. Ses journalistes sont régulièrement harcelés par le pouvoir. Outre ceux arrêtés mardi après les perquisitions, deux reporters collaborant avec le site ont été emprisonnés les jours précédents. Lioubou Kaspyarovitch et Tatsiana Kapitonava ont été condamnées respectivement à 15 et 10 jours de détention pour “participation” à des événements qu’elles couvraient. Emprisonnée depuis novembre 2020, Katsyarina Barysevitch vient quant à elle d’être libérée après avoir passé six mois en prison pour “divulgation de secrets médicaux”, à la suite d’un article sur la mort d’un militant passé à tabac par des policiers.


Si les persécutions dont est victime TUT.BY sont emblématiques de la répression subie par les médias dans le pays, la situation se détériore. Outre la mise en place d’une série d’amendements à la loi sur les médias et à celle sur les rassemblements qui donnent un vernis légal aux atteintes à la liberté de la presse au Bélarus, la justice, soumise au pouvoir, commence à assimiler le travail des journalistes indépendants à de l’“extrémisme”. À Brest, dans le sud-ouest du pays, le journal local Intex-press a été condamné à plus de 1 400 euros d’amende le 5 mai après la publication d'une interview de l’opposante en exil Sviatlana Tsikhanouskaïa. Le média n’est plus imprimé depuis. Le site local Hrodna.life s’est vu infliger près de 4 000 euros d’amende pour la publication d’informations sur une chaîne Telegram considérée comme extrémiste par les autorités depuis l’automne dernier.


Le Bélarus, dont l’appareil d’État n’hésite pas à maltraiter et torturer des journalistes en prison, occupe la 158e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF.