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18 mai 2021 - Mis à jour le 19 mai 2021

Bélarus : des journalistes dénoncent les tortures subies en prison

Crédit : 6tv.by
Deux journalistes biélorusses arrêtés et incarcérés arbitrairement font état de torture dans le centre pénitentiaire de Mahiliow. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des actes inadmissibles et appelle l’ONU à inclure d’urgence la répression visant les journalistes dans l’enquête internationale initiée en mars 2021.

Empêché de dormir plusieurs nuits de suite, forcé de se déshabiller entièrement dans les couloirs de la prison, cellule fouillée à plusieurs reprises… Le journaliste Alyaksandr Bourakou a dénoncé, lors de son procès le 15 mai, la torture et les traitements inhumains subis lors de sa détention provisoire dans le centre pénitentiaire de Mahiliow, dans l’est du pays. Le correspondant de la radio publique allemande Deutsche Welle a également déclaré que le personnel avait refusé de lui transmettre les colis apportés par sa famille. 


Incarcéré dans le même centre de détention, son confrère Ouladzimir Laptsevitch fait lui aussi état d’actes de torture. Le correspondant du site indépendant d’information locale 6tv.by souffre d’hypertension et a dû consulter un médecin. 


Arrêtés le 12 mai devant un tribunal en tentant de couvrir le procès de sept prisonniers politiques, les deux journalistes ont été condamnés à vingt jours de prison pour “participation répétée à un événement non autorisé”, alors même qu’aucune manifestation ne se tenait à ce moment-là. Ils sont en grève de la faim pour protester contre cette arrestation arbitraire et les mauvais traitements subis. 


“En torturant et en maltraitant les journalistes biélorusses derrière les barreaux, le régime d’Alexandre Loukachenko cherche à faire peur et à dissuader les médias indépendants de continuer à couvrir l’actualité sociale et politique, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. RSF appelle à la libération immédiate des reporters emprisonnés et enjoint les Nations Unies à inclure d’urgence dans l’enquête internationale, initiée en mars dernier, les actes de torture, de violences, les arrestations, poursuites et condamnations à l’encontre des journalistes, clairement visés par l’appareil d’Etat au Bélarus.”


Début mai, dix opposants au régime d’Alexandre Loukachenko ont déposé plainte en Allemagne pour plus d’une centaine de cas de “torture d’Etat” au Bélarus, y compris contre des journalistes. 


Au moins seize reporters se trouvent actuellement derrière les barreaux dans le pays. Le 14 mai, Lioubou Kaspyarovitch a été arrêtée alors qu’elle effectuait un reportage sur le procès d’étudiants devant le palais de justice de Minsk, la capitale. Accusée d’avoir participé à une manifestation non autorisée, la reporter du site d’information indépendant le plus populaire du pays, TUT.BY (désormais menacé d'être fermé par les autorités), a été condamnée à 15 jours de prison. La veille, la photographe Tatsiana Kapitonava, qui travaille pour le même média, avait été interpellée pendant qu’elle couvrait une conférence sur le coworking, puis condamnée à 10 jours de détention pour les mêmes raisons. 


Le 4 mai, c’est le caméraman Andreï Fralou qui a été arrêté dans la région de Lida, dans l’ouest du pays, alors qu’il se trouvait dans sa voiture. Journaliste pour des médias locaux et d’autres en langue polonaise, dont TVP Polonia, il a été condamné trois jours plus tard à une amende de près de 300 euros et à 15 jours de prison pour “production et diffusion illégale de médias” et “désobéissance à la police”.


Près de 430 interpellations de journalistes et 65 cas de violences physiques graves ont été recensées par RSF et son partenaire local, l’Association biélorusse des journalistes (BAJ) depuis l’élection présidentielle contestée du 9 août 2020. Dirigé par Alexandre Loukachenko depuis 1994, le Bélarus occupe la 158e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2021 de RSF.