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26 août 2020

Bélarus : “Ce n’est pas en occultant la réalité en ligne qu’un gouvernement peut changer le sens de l’histoire”

Crédit : Sergei GAPON / AFP
Alors que les manifestations se poursuivent au Bélarus, les coupures internet et les blocages de plusieurs sites d’information se multiplient dans le pays. Reporters sans frontières (RSF) dénonce les tentatives des autorités de priver la population d’informations fiables et indépendantes et d’occulter la réalité.

C’est une autre forme de répression qui s’installe un peu plus chaque jour au Bélarus : au-delà des arrestations de journalistes qui se poursuivent, le pouvoir verrouille l’information en ligne et organise une censure durable sur internet. Plus de 70 sites ont été bloqués par le ministère de l’Information depuis le vendredi 21 août. Parmi eux, celui de Radio Svaboda, le service biélorusse de Radio Free Europe/Radio Liberty, le site de la chaîne en exil Belsat, le site biélorusse The Village et celui d’Euroradio, basé à Varsovie, ainsi que l’édition biélorusse du média russe Mediazona


Des services de messageries électroniques tel ProtonMail et des VPN sont également dans la ligne de mire des censeurs. L’usager qui tente de se connecter trouve à chaque fois le même message : "L'accès est limité sur décision du ministère de l'Information, prise conformément à la loi “sur les médias” de la République du Bélarus.” Le ministère de l'Information ne précise cependant pas les raisons de ces blocages, qui ont été  dénoncés par l’Association biélorusse des journalistes (BAJ), dont le propre site a été bloqué dès le 9 août, jour de l’élection présidentielle controversée. 


Fonctionnement erratique d’Internet


Parallèlement, les perturbations du réseau internet biélorusse se multiplient depuis plus de deux semaines. L'internet mobile a commencé à être instable dès l’ouverture des bureaux de vote, le 9 août, pour devenir complètement inaccessible après l’annonce des résultats de l’élection le soir. Pendant trois jours, seuls les internautes équipés de logiciels spécialisés comme TOR ou de services de VPN ont pu accéder à internet et contourner la censure de certains services de messageries électroniques et de sites web. Les autorités ont nié être à l’origine de ces incidents et assuré qu’ils étaient causés par une cyberattaque venue de l'étranger. D’après des experts du RIPE-NCC, un registre régional d'adresses IP pour l'Europe et le Moyen-Orient, le gouvernement biélorusse serait pourtant bien responsable de ces perturbations.


Dimanche 23 août au soir, une nouvelle coupure du réseau, d’une heure environ, est survenue. Un bref blackout, que la compagnie nationale des télécommunications a justifié par une défaillance technique - une perturbation similaire avait déjà été signalée lundi 17 août.  


“Moins visibles que les arrestations de journalistes, les mesures prises pour empêcher l’accès à l'information en ligne sont tout aussi liberticides, déplore la rédactrice en chef adjointe de RSF, Catherine Monnet. Les efforts déployés par le pouvoir biélorusse pour étouffer la vérité et priver la population d’informations fiables et indépendantes sont déplorables. Les différents canaux d’information, aussi indispensables en temps de crise pour les journalistes que pour la population, doivent être rétablis. Ce n’est pas en occultant la réalité en ligne qu’un gouvernement peut changer le sens de l’histoire.”


Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, qui organise sa réélection tous les cinq ans dès le premier tour, le Bélarus occupe la 153e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.