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7 novembre 2018 - Mis à jour le 12 novembre 2018

Bangladesh : RSF exige la libération du blogueur Limon Fakir, poursuivi pour blasphème

Les journalistes et blogueurs qui prônent la tolérance religieuse, comme Limon Fakir (gauche), sont l’objet de harcèlement de la part des groupes fondamentalistes musulmans, comme Islami Andolan Bangladesh, dont les militants réclament la peine capitale à son endroit (photo : archives - AFP).
La demande de libération sous caution d’un blogueur critique du fondamentalisme islamique a été rejetée hier, alors qu’il croupit en prison depuis plus d’un an et demi. Reporters sans frontières (RSF) exige sa libération immédiate et inconditionnelle.


567 jours… C’est le temps déjà passé en prison par le blogueur bangladais Limon Fakir, dont la dernière demande de libération sous caution a été rejetée hier, mardi 6 novembre, par la Haute-Cour du Bangladesh. Son crime ? Avoir posté des articles et des vidéos sur le fondamentalisme islamique qui gangrène une frange de la société bangladaise.

 

Dès le 9 janvier 2017, un membre du groupe politico-religieux Islami Andolan Bangladesh a déposé plainte contre le blogueur devant le tribunal de Barguna, dans le sud du pays, pour “propos diffamatoires contre le Prophète”. Arrêté par la police le 18 avril, torturé pendant deux semaines, Limon Fakir, 24 ans, a finalement été inculpé en vertu du tristement célèbre article 57 de la loi sur les Technologies de l’information et des communications (TIC), l’outil régulièrement utilisé pour museler journalistes et blogueurs au Bangladesh. Son cas est désormais transféré devant le cybertribunal de Dhaka. Souffrant de plusieurs maladies, il risque jusqu’à 14 ans de prison.

 

“Nous exigeons la libération immédiate de Limon Fakir, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Son arrestation, la torture dont il a fait l’objet, son interminable détention provisoire sont des atteintes intolérables contre un blogueur qui a simplement tenté d’informer ses concitoyens sur le fondamentalisme. Il convient à la justice bangladaise de respecter le principe de laïcité, inscrit dans la Constitution du pays, et, par conséquent, de traiter le cas du blogueur en se tenant à l’écart de toute sorte de pressions politiques et religieuses.”

 

Instrumentalisation

 

Le groupe extrémiste IAB, à l’origine de la procédure qui vise Limon Fakir, revendique 20 millions de sympathisants. A l’approche des élections législatives prévues fin décembre, il est courtisé par les deux principaux partis, la Ligue Awami au pouvoir, et l’opposition du Parti nationaliste du Bangladesh.

 

En parallèle à la plainte adressée à Limon Fakir, IAB avait lancé des poursuites contre Asad Noor, un autre blogueur qui écrivait sur les dérives fondamentalistes. Après avoir fui en exil en Inde, il a été arrêté à l’aéroport de Dacca en décembre 2017

 

L’article 57 de la loi sur les TIC, qui criminalise la diffamation et le blasphème, est régulièrement instrumentalisé par les milieux islamistes pour harceler tout journaliste ou blogueur qui prendrait des positions en faveur de la tolérance religieuse, de la libre-conscience ou de la laïcité.

 

Le Bangladesh occupe la 146ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2018 établi par RSF.