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4 février 2020 - Mis à jour le 5 février 2020

Bangladesh : RSF dénonce des violences perpétrées contre dix reporters qui couvraient une élection à Dacca

Des militants de la Ligue Awami crient des slogans en amont des élections législatives du 30 décembre 2018 (photo : Indranil MUKHERJEE / AFP).
Des journalistes, qui couvraient un scrutin municipal dans la capitale bangladaise, ont été attaqués par des militants du parti au pouvoir. Reporters sans frontières (RSF) exige que les auteurs soient traduits en justice et exclus de toute responsabilité politique.

Parmi les dix journalistes attaqués, deux ont dû être admis à l’hôpital pour blessures graves. Selon les informations recueillies par RSF, tous étaient sur le terrain pour couvrir le scrutin municipal qui s’est déroulé le 1er février dans les districts nord et sud de la capitale bangladaise, Dacca.


Parmi eux, Mostafizur Rahman Suman, rédacteur pour le portail d'information Agami, a été violemment attaqué vers 11 heures, alors qu'il prenait des photos du bureau de vote du lycée de Zafrabad, dans le quartier résidentiel de Mohammadpur. Le reporter a eu le malheur de surprendre des militants de la Ligue Awani, le parti au pouvoir, pénétrer dans le bureau de vote avec des armes à feu. Sévèrement frappé à la tête, il a pu s’échapper in extremis, le visage en sang, avant d’être admis à l’hôpital.


Mostafizur Rahman Suman

a pu s'échapper in extremis

(photo : source anonyme).


 


Au même moment, à une vingtaine de kilomètres au sud, dans le bureau de vote de l’école de Nikunja Jan-e-Alam, le photojournaliste de la Press Bangla Agency (PBA), Zisad Ikbal, a lui aussi été pris à partie par des militants alors qu’il couvrait le vote. Il est actuellement encore traité pour blessures graves à l’hôpital général de Kurmitola. Attaqué lui aussi par des militants politiques, l’élément déclencheur du déchaînement de violence dont il a été l’objet reste à déterminer. 


“Exclusions immédiates”


“La gravité et la recrudescence des violences perpétrées contre des journalistes qui faisaient simplement leur travail atteint un niveau inadmissible, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons l’Inspecteur général de la police, Javed Patwary, à tout mettre en œuvre pour que les auteurs de ces attaques systématiques soient traduits en justice. Surtout, compte tenu des liens des assaillants avec le parti au pouvoir, le secrétaire général de la Ligue Awani, Obaidul Quader, doit prendre des mesures immédiates pour exclure de ses rangs les militants qui refusent le rôle d’une presse libre dans le jeu démocratique.”


Dans le sud de Dacca, au bureau de vote de la Madrasa Faridabad, le reporter du quotidien Bangladesh Pratidin, Mahabub Momtaji, et son confrère du Business Standard, Nurul Amin, ont été malmenés par des activistes de la Ligue Chhatra, l’aile étudiante de la Ligue Awami. Les assaillants ont retenu les reporters jusqu’à ce que ceux-ci effacent les photos prises avec leur téléphone mobile. Un troisième journaliste, Al Fatah Mamun, correspondant du Dainik Jugantor dans le district de Gandaria, a lui aussi été pris à partie par le même groupe de militants.

 

Un peu plus au nord, au bureau de vote du lycée pour filles de Kamrunnesa, c’est le photographe du site d’information poriborton.com, Osman Ghani, qui a été attaqué et blessé, alors qu’il prenait en photo des affrontements entre des membres de la Ligue Chhatra et la police anti-émeute.

 

Photos effacées

 

Vingt kilomètres plus loin, dans le bureau de vote de l’école de Madartek, le chef du service photo du quotidien Kaler Kantha, Sheikh Hasan, a lui aussi subi les assauts des partisans du candidat de la majorité Alhaj Jahangir Hossain. Là encore, ils l’ont forcé à effacer sa carte mémoire.

 

Un peu plus à l’est, des militants de la Ligue Awami se sont emparés du téléphone portable du reporter du Daily Star, Foisal Ahmed, alors qu’il les filmait en train d’intimider des électeurs au bureau de l’Ideal School and College. Le téléphone a été rendu après que photos et vidéos de l’événement furent effacées.

 

Un peu plus loin dans l’est de Dacca, au bureau de vote du collège de Mathartek Abdul Aziz, le journaliste du journal Dainik Nayadiganta, Shamsul Islam, et son confrère du Dainik Inqilab, Faruque Hossain ont eux aussi dû essuyer des coups de la part de militants politiques présents sur les lieux. 

 

Lors des élections législatives de décembre 2018, RSF a documenté les nombreuses violations de la liberté de la presse perpétrées en amont, pendant et après le scrutin, lequel avait débouché sur une victoire de la Ligue Awami dirigée par la Première ministre Sheikh Hasina.

 

En chute de quatre places par rapport à 2018, le Bangladesh se situe actuellement à la 150e place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établie par RSF.