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6 août 2018 - Mis à jour le 16 août 2018

Bangladesh : plusieurs reporters attaqués, le photojournaliste Shahidul Alam détenu par la police

Le photoreporter Shahidul Alam alors qu'il est transféré par la police, lundi 6 août (photo : Munir Uz Zaman / AFP).
Alors que près de 25 reporters ont été la cible d’attaques physiques de militants politiques dimanche 5 août, le photojournaliste Shahidul Alam a été arrêté en soirée pour avoir publié des informations sur Facebook. Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à garantir la sécurité de tous les acteurs de la liberté de la presse.

23 reporters blessés, un photojournaliste arrêté pour avoir publié des informations sur Internet… Ce dimanche 5 août a été une journée noire pour la liberté de la presse au Bangladesh. 


En soirée, des inspecteurs de police en civil ont fait irruption au domicile du photojournaliste maintes fois primé Shahidul Alam et l’ont entraîné de force hors de son appartement, situé dans le quartier résidentiel de Dhanmondi. Quelques heures plus tôt, Shahudil Amal avait posté sur le réseau social Facebook une photo et un commentaire sur les manifestations étudiantes à Dacca.


Le chef délégué du Bureau des inspecteurs de la police de Dacca (Dhaka Metropolitan Police of Detectives Branch), Abdul Baten, a confirmé les faits. Masudur Rahman, porte-parole de la police, a déclaré que Shahidul Alam était interrogé à propos de ses posts Facebook.


« C’est aux autorités de Dacca qu’incombe l’entière responsabilité de garantir l’intégrité physique et la sécurité de Shahidul Alam, déclare RSF. Nous demandons aux plus hautes instances bangladaises de garantir sa sécurité et de le libérer immédiatement sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. »


Shahidul Alam est le fondateur de la Drik Library et du Pathshala South Asian Media Institute. Sous les yeux de plusieurs témoins, 30 à 35 individus en civil se réclamant du Bureau des inspecteurs l’ont emmené hors de son domicile, avant de le faire monter dans un véhicule banalisé, a déclaré la Drik.


Les inspecteurs ont recouvert les objectifs des caméras de vidéosurveillance de l’immeuble, emporté les disques durs contenant les images de vidéosurveillance et enfermé les gardes de sécurité dans leur local. Selon la Drik, les faits se sont déroulés vers 22 heures.


Plus tôt dans la journée, Shahidul Alam aurait été attaqué par l'aile étudiante du parti au pouvoir, les membres de la Bangladesh Chhatra League, alors qu'il filmait une attaque contre des étudiants faisant campagne pour la sécurité routière près de Dhanmondi, dans la capitale.


Peu après, il s’est réfugié dans un petit hôtel de Dhanmondi, d’où il a effectué une intervention en direct sur sa page Facebook pour partager l’incident.


« J'ai été attaqué il y a quelques instants près de City College parce que je filmais des étudiants de la Chhatra League criant “Joy Bangla” et, juste avant, en train d’attaquer des manifestants », raconte-t-il dans le clip vidéo devenu viral.


Shahidul Alam a posté une photo de son appareil photo vandalisé sur Facebook avec ce commentaire :  « Les restes de mon OSMO », accompagné du hashtag « We want justice » (« Nous exigeons que justice soit faite »).


Dans une interview donnée plus tard à la chaîne de télévision anglaise Al Jazeera, Shahidul Alam a sévèrement critiqué la responsabilité du gouvernement dans le mouvement étudiant en cours. La vidéo est devenue virale sur Facebook et Twitter.

 

Ce même dimanche 5 août, c'est toute la profession des journalistes bangladais qui s'est trouvée visée, puisqu'au moins 23 d'entre eux ont été pris pour cible et blessés par des militants de la ligue Awami ou de sa branche estudiantine. Armés de machettes, de barres métalliques et de pieux, des casques de moto sur la tête, les membres de la Chhatra League s’en sont pris aux reporters qui couvraient les manifestations étudiantes qui secouent le pays.

 

Le Bangladesh occupe la 146ème place sur 180 dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2018 établi par RSF.