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6 juillet 2020

Bangladesh : le reporter Shariful Chowdhury échappe de justesse à la mort après avoir dénoncé une affaire de corruption

Shariful Alam Chowdhury a été transféré, dans un état critique, vers l'hôpital général de la ville de Cumilla (photo : The Daily Star).
Ce journaliste a été passé à tabac le week-end dernier, vraisemblablement sur les ordres d’un potentat local. Reporters sans frontières (RSF) appelle le tribunal de Cumilla, qui doit instruire cette affaire, à veiller à ce que tous les responsables de cette attaque soient transmis devant la justice.

Les faits se sont déroulés à Muradnagar, à l’est de Dacca, le samedi 4 juillet. Ce jour-là, vers midi, une dizaine d’individus a soudainement débarqué au domicile de Shariful Alam Chowdhury, journaliste au quotidien local Daily Samakal, pour le traîner à l’extérieur. Armés de barres de fer, de machettes et de marteaux, les assaillants l’ont alors passé à tabac. Au moins sept d’entre eux ont soigneusement fait en sorte que les deux bras et les deux jambes du reporter soient fracturés en plusieurs endroits. Il a été hospitalisé dans la ville de Cumilla. Le lundi 6 juillet, son état n’était toujours pas stabilisé.


Les parents et la sœur de Shariful Chowdhury, qui ont tenté de s'interposer, ont eux-mêmes reçu plusieurs blessures. Pour son père, la raison de ce déchaînement de violence ne fait pas de doute ; interrogé par RSF, il pointe du doigt le président du conseil municipal (Union Parishad, en droit bangladais) du village de Darera, Shahjahan Mial.


“Le président du conseil municipal était furieux après que mon fils a publié un article dans lequel il dénonçait ses pratiques de corruption et de népotisme, explique-t-il. C’est pourquoi il a orchestré cette attaque.”  Arrêté dans la soirée du 4 juillet, Shahjahan Mial a été libéré sous caution dès le lendemain.


Niveau de violence préoccupant


“Nous appelons les juges du tribunal de Cumilla, chargés de cette affaire, à tout mettre en œuvre pour que le commanditaire de cette inacceptable attaque soit jugé et puni, au même titre que les exécutants, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le niveau de violence qui vise les reporters au Bangladesh atteint des niveaux plus que préoccupants. Nous rappelons au gouvernement de Sheikh Hasina l’urgence qu’il y a à réformer l’arsenal législatif du pays en adoptant, notamment, un mécanisme de protection des journalistes.” 


Pour répondre à la recrudescence des attaques qui visent les reporters au Bangladesh en 2020, RSF, en compagnie de quatre autres organisations bangladaises et internationales, avait adressé le mois dernier une lettre ouverte à la Première ministre Sheikh Hasina. 


La semaine dernière, à Dacca, le photojournaliste Rubel Rashid a été violemment malmené par des membres du groupe paramilitaires Bangladesh Ansar, qui ont détruit son appareil photo alors que celui-ci tentait de couvrir des échauffourées avec des individus potentiellement porteurs du Covid-19, devant l’hôpital de Mugda. Présente à ses côtés, la photoreportrice Joyeeta Roy a dû fuir devant la violence dont faisaient preuve les paramilitaires.  


Le Bangladesh se classe à la 151e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.