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2 janvier 2019

Bangladesh : des élections entachées par de graves atteintes à la liberté de la presse

Mohammad Hedait Hossain Molla (gauche) a été arrêté le soir du 1er janvier, au lendemain d’élections controversées (photos : Dhaka Tribune - Indranil Mukherjee / AFP).
Journalistes attaqués ou jetés en prison, diffusion de médias interrompue… Reporters sans frontières (RSF) dénonce avec la plus grande fermeté les violations de la liberté de la presse qui ont entaché les élections législatives du 30 décembre.

La nouvelle législature s’ouvre sous de sombres auspices pour la liberté de la presse. Au lendemain des élections générales du dimanche 30 décembre, un journaliste a déjà été arrêté et placé en détention provisoire mardi 1er janvier pour avoir, selon la police, "diffusé de fausses informations dans le but de susciter des interrogations sur l'élection".


En fait de “fausse information”, Mohammad Hedait Hossain Molla, correspondant du Dhaka Tribune et du portail Bangla Tribune dans la région de Khulna (sud), s’était contenté de constater que, dans sa circonscription, il y a eu 22 419 votants de plus que d'inscrits. Une irrégularité rapportée par un autre journaliste, Rashedul Islam, du Daily Manabzamin qui, poursuivi sous le même chef d’accusation, n’a eu d’autre choix que de fuir la police. Incriminés en vertu de la loi sur la sécurité digitale, un texte draconien adopté en octobre dernier, les deux hommes risquent jusqu’à 14 ans de prison.


“Nous appelons les autorités bangladaises à abandonner immédiatement les poursuites qui visent les deux journalistes, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Leur seul crime a été de faire leur travail en supervisant le scrutin, comme devrait pouvoir le faire tout journaliste exerçant dans une démocratie fonctionnelle. Les attaques répétées contre la liberté de la presse qui entourent ces élections législatives ont fini de décrédibiliser leur résultat.”


Attaques physiques


Le jour du scrutin, plusieurs journalistes ont été l’objet d’attaques physiques. Le photographe du Daily Star Kazi Tahsin Agaz Apurbo a été pris à partie par des militants du parti au pouvoir alors qu’il prenait des clichés d’un bureau de vote de Dacca. Un scénario similaire a visé un reporter du quotidien Manab Zamin, Kafi Kamal, qui a dû être hospitalisé dans la capitale.


Le célèbre photoreporter Shahidul Alam, récemment libéré de prison, a lui-même été blessé à l’issue d’une rixe alors qu’il tentait de prendre des clichés en compagnie de son confrère Sumon Paul, lequel a essuyé plusieurs coups de poing. Jubair Rakesh, du quotidien Manob Kantho, a vu son appareil photo brisé après qu’une vingtaine de militants s’en sont pris à lui.


A Chittagong, la deuxième ville du pays, c’est un journaliste du portail d’information Cvoice24.com, Al Amin, qui a subit l’attaque d’une quinzaine de militants alors qu’il voulait couvrir le vote.


Accès refusé


Au-delà de ces violences, au moins sept journalistes du Daily Star, dûment accrédités par la commission électorale, se sont tout simplement vus refuser l’accès aux bureaux de vote par des représentants des forces de l’ordre ou de la coalition au pouvoir.


Dès le samedi soir, la diffusion de la chaîne d’information Jamuna TV, célèbre pour son indépendance, a été soudainement interrompue. RSF avait déjà dénoncé la semaine dernière l’attaque perpétrée contre des journalistes du groupe de presse auquel appartient cette chaîne par une trentaine d’individus armés.


Le Bangladesh se situe à la 146e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF.