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17 mars 2021

Bahreïn : déjà 10 ans d’emprisonnement pour Abduljalil Al-Singace

L’arrestation du blogueur a été la première d’une longue série suivant le déclenchement de la contestation populaire dans le pays, en 2011. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération et à celle de tous les journalistes arbitrairement détenus par les autorités.

Triste anniversaire en ce mercredi 17 mars. Cela fait dix ans que le blogueur, Abduljalil Al-Singace, a été arrêté par les forces de l’ordre bahreïnies. Sur son site, Al-Faseelah, il publiait des articles critiques sur la situation des droits de l’Homme, la répression de l’opposition politique et la discrimination des chiites dans le pays. Ses articles, et son soutien affiché au mouvement contestataire de 2011, lui ont valu une condamnation à perpétuité par un tribunal militaire en juin 2011. Une peine maintenue en appel en 2012 et en cassation en 2013.


Au fil des années,  Abduljalil Al-Singace, aujourd’hui âgé de 59 ans, a vu son état de santé se dégrader. Aux séquelles musculaires liées à une polio contractée quelques années auparavant sont venues s’ajouter la torture subie en prison et la négligence médicale des autorités. Celles-ci retardent, par exemple, le remplacement des bouchons en caoutchouc de ses béquilles qui soulagent ses épaules et l'empêchent de tomber. En 2015, le blogueur a même entamé une grève de la faim de plus de 300 jours pour protester contre ses conditions de détention. 


“Nous appelons à mettre un terme à la détention d’Abduljalil Al-Singace, qui n’a que trop duré, déclare la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Ses problèmes de santé nécessitent une attention particulière ce qui devrait, au moins à ce titre, amener les autorités à le libérer. Sa condamnation à une lourde peine est à l'image de toutes celles prononcées injustement contre tous les autres journalistes dans le pays.” 


De son côté, le directeur exécutif de l’ONG Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain (ADHRB), Husain Abdulla, a estimé que l’emprisonnement continu d’Abduljalil Al-Singace était “la démonstration la plus élevée d’injustice et d’atteinte à la liberté d’expression au Bahreïn". Alors même que le Parlement européen a adopté, le 11 mars, une résolution urgente demandant la libération des défenseurs des droits humains au Bahreïn, il appelle le gouvernement français, l’un des trois pays ayant une ambassade dans le pays à "prendre une position claire et exiger publiquement sa libération".


L’emprisonnement d’Abduljalil Al-Singace a marqué le début d’une répression sans précédent contre les journalistes dans le pays. Une première vague d’arrestations systématiques s’est déroulée à partir de 2011, dans le sillage des manifestations populaires documentées par les reporters. Le cas du photojournaliste Hassan Mohammed Qambar, condamné à plus de 100 ans de prison pour avoir filmé les manifestations en 2011, en est le plus emblématique. La deuxième vague s’est produite à partir de 2015, dans un contexte de montée des critiques autour de la guerre au Yémen et de la participation du Bahreïn dans la coalition emmenée par l’Arabie saoudite. Le coup fatal porté à la liberté de la presse intervient lors de la fermeture, en juin 2017, du dernier média indépendant du pays, le quotidien Al-Wasat. Son rédacteur en chef, Mahmoud Al-Jaziri, a été emprisonné en octobre et condamné à 15 ans de prison.


Malgré la libération, en juin 2020, du blogueur et directeur du Bahrain Center for Human Rights Nabeel Rajab, la situation des journalistes reste particulièrement difficile dans le pays et douze reporters sont toujours emprisonnés. Depuis la pandémie de Covid-19, les autorités ont interdit les rendez-vous médicaux et les visites familiales en prison. 


Le Bahreïn occupe la 169e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.