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29 août 2017

Azerbaïdjan : trois mois après son enlèvement, Afgan Moukhtarly croupit en prison

Le 29 août 2017 marque les trois mois de l’enlèvement du journaliste azerbaïdjanais Afgan Moukhtarly en Géorgie. Réapparu 24 heures plus tard en Azerbaïdjan, il est maintenu en détention malgré la grave détérioration de son état de santé. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération immédiate et dénonce l’acharnement des autorités de Bakou contre les journalistes indépendants.

S’il fallait s’en tenir aux déclarations de la prison où est détenu Afgan Moukhtarly, le suivi de son état de santé serait optimal. La réalité décrite par ses avocats et l’épouse du journaliste est néanmoins toute autre. Diabétique, il a perdu 21 kilos depuis son enlèvement le 29 mai dernier et souffre d’hypertension. Il a longtemps été privé de médicaments. A plusieurs reprises, les visites de ses proches lui ont été refusées. Un tribunal de Bakou vient malgré tout de prolonger jusqu’au 30 octobre sa détention provisoire.


“La détention d’Afgan Moukhtarly est un scandale pour l’Azerbaïdjan comme pour la Géorgie, déclare Johann Bihr, responsable du Bureau Europe de l’Est et Asie centrale à RSF. Non seulement personne n’est en mesure d’expliquer comment elle a commencé, mais elle se prolonge au mépris des principes humanitaires les plus élémentaires. Nous appelons de nouveau Bakou à libérer immédiatement le journaliste et à abandonner les poursuites montées de toutes pièces contre lui. Et Tbilissi doit faire toute la lumière sur l’enlèvement dont il a été victime.”


Le journaliste d’investigation et activiste Afgan Mouktarly était exilé en Géorgie depuis 2015. Dans la soirée du 29 mai, alors qu’il était en chemin vers son domicile à Tbilissi, il a été poussé dans une voiture, ligoté et battu. Il affirme que ses ravisseurs portaient l’uniforme de la police criminelle géorgienne. Ce n’est que le lendemain que ses proches ont appris qu’il était détenu par les gardes-frontières azerbaïdjanais. Arrêté, d’après la version des autorités azerbaïdjanaises, avec 10 000 euros en poche à la frontière, le journaliste est poursuivi pour “contrebande”, “franchissement illégal de la frontière” et “refus d’obtempérer aux forces de l’ordre”. Accusations qu’Afgan Moukhtarly rejette en bloc.


Côté géorgien, une enquête pour “privation illégale de liberté” a été ouverte, mais elle n’a encore abouti à aucun résultat malgré le limogeage de plusieurs officiels des services de sécurité géorgiens. La femme du journaliste, Leïla Moustafaïeva, dénonce un manque d’avancée et de sérieux. Des enregistrements de vidéosurveillance à proximité du lieu de l’enlèvement du journaliste, en particulier, ont mystérieusement été altérés. En juin dernier, les eurodéputés ont appelé dans une résolution à la libération immédiate du journaliste et à l’abandon des poursuites.


Afgan Moukhtarly collaborait avec IWPR et le site d’information indépendante Meydan TV. Ses articles portaient notamment sur des affaires de corruption impliquant les hautes sphères du pouvoir azerbaïdjanais. Peu avant son enlèvement, il avait fait part de ses craintes quant à sa sécurité et celles d’autres dissidents exilés en Géorgie, affirmant faire l’objet d’une surveillance étroite.


Les autorités azerbaïdjanaises ont tout fait ces dernières années pour annihiler le pluralisme médiatique. Les principaux titres critiques ont tous été asphyxiés financièrement ou fermés manu militari. L’accès à leurs sites internet est bloqué. Le dernier média indépendant, l’agence de presse Turan, est à son tour dans l’oeil du cyclone : son directeur, Mehman Aliev, a été arrêté le 24 août et placé en détention provisoire pour trois mois. Paralysée par les poursuites judiciaires, l’agence a annoncé qu’elle suspendait ses activités à compter du 1er septembre.


L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 au Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2017. A sa tête, le prédateur de la liberté de la presse Ilham Aliev.