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21 janvier 2021

Australie : Google ne référence plus des médias nationaux dans le cadre d’expérimentations sur son moteur de recherche

Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Depuis plusieurs jours, dans le cadre d’expérimentations conduites sur son moteur de recherche, Google ne référence plus plusieurs sites de médias nationaux. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des expérimentations arbitraires et opaques.

Depuis le 13 janvier, date à laquelle Google a admis mener des “expérimentations” sur son moteur de recherche, les sites de plusieurs médias nationaux dont Australian, ABC, Australian Financial Review, Age, le Guardian et le Sydney Morning Herald, n’apparaissent plus dans les résultats de recherche de certains utilisateurs australiens. Ces expérimentations, qui toucheraient environ 1% des utilisateurs australiens, visent à mesurer la corrélation entre les médias et la recherche Google et doivent officiellement prendre fin début février. Ni les médias, ni les utilisateurs n’ont été préalablement informés des conséquences de ces expérimentations, à savoir qu’ils allaient désormais avoir un accès à une information partielle.

 

“Les plateformes doivent cesser de jouer aux apprentis sorciers en toute opacité, déclare la responsable technologies de RSF,  Iris de Villars. Alors que Google est utilisé par la majorité des utilisateurs australiens pour rechercher et accéder à l'information, ces expérimentations confirment l’ampleur du pouvoir des plateformes sur l’accès aux contenus journalistiques en ligne et la façon dont ils peuvent en abuser au détriment de l’information du plus grand nombre. Le devoir de transparence et d’information des plateformes vis-à-vis de leurs utilisateurs est d’autant plus grand que les expérimentations en cours ou à venir peuvent avoir un effet sur le pluralisme de l’information.”

 

Google mène chaque année sur son moteur de recherche des dizaines de milliers de tests. Les expérimentations généralement conduites par les plateformes permettent de tester des changements de design, des modifications d’algorithmes ou de nouvelles fonctionnalités auprès d’une proportion d’utilisateurs afin d’étudier leurs comportements et guider les évolutions des plateformes. Ce n’est pas la première fois que l’une d’elles impacte le pluralisme de l’information en ligne. Par exemple, d’octobre 2017 à mars 2018, Facebook avait lancé dans six pays tests - la Bolivie, le Cambodge, le Guatemala, la Serbie, la Slovaquie et le Sri Lanka - une nouvelle fonctionnalité appelée “Explore”, qui consistait à reléguer les contenus d’information indépendante en quarantaine, dans un espace secondaire et peu accessible. Une expérimentation qui a eu des conséquences très néfastes sur le pluralisme de l’information dans ces pays où les médias ont enregistré une baisse des interactions avec leurs publications. Au Cambodge, de nombreux journalistes citoyens ont perdu une grande partie de leur lectorat avec pour seule issue, payer pour augmenter le trafic vers leurs publications. 

 

Ces expérimentations s’inscrivent dans un contexte tendu entre les plateformes et le gouvernement australien depuis la proposition de ce dernier de créer un “News media bargaining code'', un code de conduite contraignant pour obliger les plateformes, en particulier Google et Facebook, à négocier avec les éditeurs de presse une rémunération pour leurs contenus. Les deux géants de l’internet avaient vivement réagi à cette proposition de loi. Facebook avait annoncé qu’ils empêcheraient les médias et les utilisateurs australiens de partager des contenus journalistiques sur ses plateformes Facebook et Instagram, tandis que Google avait interpellé les utilisateurs australiens via une annonce sur son moteur de recherche les informant que leur “expérience de recherche sera affectée par la nouvelle réglementation”. 

 

Interrogé par RSF sur le détail de ces expérimentations, leurs objectifs et les modalités de transparence envers les médias et les utilisateurs, Google s’est contenté de répondre en renvoyant un communiqué de presse général.