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4 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Aube Dorée sur le point d’accéder au rang des prédateurs de la liberté de l’information


Reporters sans frontières exprime ses vives inquiétudes face à la détérioration constante de la situation de la liberté de la presse en Grèce. L’organisation qui avait déjà mené une première mission dans le pays en septembre 2011 pour enquêter sur l’effondrement de l’environnement médiatique et l’avenir de la profession, dénonce aujourd’hui avec la plus grande fermeté les exactions quasi quotidiennes menées par les néo-nazis contre les journalistes et les supports d’information. “La montée en puissance du parti néo-nazi Aube Dorée s’est malheureusement accompagnée d’une augmentation très significative du nombre d’exactions contre la profession. Nous ne comptons plus le nombre de journalistes ou bloggeurs agressés et menacés par des nervis issus des mouvements d’extrême-droite. Détériorations des biens privés ou professionnels, attaques des locaux ou de domiciles à la bombe artisanale, menaces téléphoniques ou par email, pressions sur l’environnement familial, font désormais partie du quotidien de bon nombre d’acteurs de l’information. Ces derniers réclament le plus souvent de conserver l’anonymat afin de ne pas attirer l’attention sur leur nom et de rester un tant soit peu ‘employable’. Tout article ou mention tant soit peu critique des agissements du parti extrémiste suscite des représailles, souvent publiques et parfois même ouvertement revendiquées, de ses sympathisants. En stigmatisant les médias et leurs employés comme des ‘ennemis de la nation’, Aube Dorée prend aujourd’hui une sérieuse option pour intégrer notre liste des prédateurs de la liberté de l’information”, a déclaré Reporters sans frontières. “Nous réitérons avec insistance nos appels aux autorités pour qu’elles se saisissent rapidement de ce problème. Leur silence et leur inaction face à cette montée de violence contre la profession vaut capitulation devant des ennemis de la démocratie. Faut-il vraiment attendre le premier mort pour que des enquêtes soient ouvertes et surtout suivies ? L’impunité qui perdure ne peut hélas qu’encourager ces mouvances à maintenir ce climat de haine. Les négociations menées actuellement autour d’une loi visant à lutter contre cette violence doivent impérativement inclure des garanties en faveur de la presse". "Le Parlement européen lui-même rencontre certaines difficultés pour apporter son soutien à la presse grecque. Nous ne pouvons que profondément déplorer l’annulation par les services administratifs du PE, à la dernière minute et sous des prétextes peu convaincants, de l’exposition photos de l’Association professionnelle des photographes de presse grecque prévue le 4 juin 2013 et qui mettait en avant les risques encourus par ces acteurs de l’audiovisuel. Prix Sakharov 2005, Reporters sans frontières espère vivement que le Parlement européen tiendra ses engagements pour accueillir cette exposition dans le courant du mois de juin 2013 dans un lieu adapté et avec la visibilité requise". Reporters sans frontières titrait en 2011 : “La crise, une chance pour la liberté de la presse ?” Certains journalistes ont saisi leur chance et se sont lancés dans la création de journaux en les appuyant sur un modèle de financement alternatif et plus participatif. A l’occasion de sa centième édition, Reporters sans frontières est allée à la rencontre de la rédaction du quotidien Le Journal des rédacteurs, un des rares organes d’information indépendante aujourd’hui et qui s’est spécialisé dans le journalisme d’investigation et dans le traitement des agissements d’Aube Dorée. Voir le reportage sur le quotidien Le Journal des rédacteurs par RSF Le comportement barbare du parti néo-nazi ne frappe cependant pas que les médias “traditionnels”. La crise financière et l’écroulement du modèle économique du secteur ont contraint de nombreux journalistes à trouver refuge sur Internet. “Quitte à ne pas être payés, autant travailler utilement et essayer de réaliser ce qu’il n’est plus possible de produire au sein de la presse”, nous déclare un ancien cadre d’un quotidien de référence. Encore marginaux en 2011, les sites web d’information se multiplient et constituent peu à peu la principale source d’information pour de nombreux citoyens.

Feux croisés

Si les néo-nazis constituent aujourd’hui la principale menace pour la presse, les anciens écueils demeurent bien présents. Les mouvances anarchistes radicales mènent, elles aussi, la guerre aux acteurs de l’information lors de manifestations où les forces de l’ordre témoignent, à leur tour, d’une rare brutalité. Les déclarations et engagements pris lors de la visite dans le pays de Reporters sans frontières en 2011 n’ont reçu aucune traduction concrète. Les forces anti-émeute n’ont toujours pas adapté leur répression et persistent à considérer les photographes, cameraman ou preneur de son comme les témoins gênants de leurs propres débordements. Les journalistes ne sont pas non plus à l’abri des foudres judiciaires, notamment lorsqu’ils s’intéressent d’un peu trop prêt à certains enjeux économiques. Nous espérons que la justice grecque fera preuve de bon sens lors du procès qui s’ouvrira le 10 juin contre Kostas Vaxevanis, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Hot doc, qui avait été arrêté après avoir publié une partie de la liste dite "Lagarde". Vaxevanis soit impérativement être relaxé de toutes les charges toujours retenues contre lui". Image : Sakis Mitrolidis / AFP