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19 mars 2016 - Mis à jour le 21 mars 2016

Au Kazakhstan, pas de presse libre, pas d’élections libres


Ce dimanche 20 mars 2016 se tiendront les élections législatives kazakhes. Le scrutin intervient au terme d’une campagne terne marquée par l’absence d’alternative au parti au pouvoir. Reporters sans frontières (RSF) déplore l’absence de pluralisme qui caractérise le paysage médiatique.

La chasse aux voix critiques ne faiblit pas au Kazakhstan, 160e sur 180 au dernier Classement mondial de la liberté de la presse. Rendues paranoïaques par la crise économique et l’âge avancé du président Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir depuis l’indépendance en 1991, les autorités n’ont de cesse de renforcer leur monopole de l’information.

“Les médias libres sont indispensables au débat démocratique, souligne Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters sans frontières (RSF). Sans eux, aucun scrutin n’est crédible. Nous exhortons la communauté internationale à tirer toutes les conséquences de cette mascarade annoncée : l’Union européenne, en particulier, se déshonorerait en ratifiant son Accord de partenariat et de coopération renforcé avec le Kazakhstan alors que ce dernier piétine ses propres engagements.”

Journalistes emprisonnés

Officiellement accusée de “diffusion de fausses nouvelles” à l’encontre de la banque Kazkommertsbank, la rédactrice en chef du site d’information indépendant Nakanune.kz, Guzal Baïdalinova, est en prison depuis près de trois mois à Almaty (Sud). Son avocat craint que la détention provisoire de la journaliste ne soit prolongée après son terme, le 23 mars, et affirme ne pas encore avoir eu accès au dossier de sa cliente. Sa consoeur Ioulia Kozlova, elle aussi arrêtée en décembre 2015 pour “détention de stupéfiants”, a finalement été acquittée et relâchée le 29 février.

Encouragés par la répression dont sont victimes les médias nationaux, les potentats locaux n’hésitent pas non plus à réduire au silence les journalistes gênants. A Pavlodar (Nord), la condamnation de Iaroslav Golychkine à huit ans de prison assortis de la confiscation de ses biens a été confirmée en appel le 23 février. Reconnu coupable de “chantage” et d’”extorsion de fonds”, le rédacteur en chef du journal Versia est l’un des boucs émissaires d’un retentissant scandale impliquant le fils du gouverneur de la région. L’audience en appel aura duré deux jours, en l’absence du journaliste. Son avocat prépare un pourvoi en cassation, avec l’espoir qu’une instance nationale pourra se montrer plus neutre et moins acquise au gouverneur que le tribunal local de Pavlodar.

Médias asphyxiés, Internet contrôlé

Le dernier journal national indépendant en langue kazakhe, Jas Alach, a été condamné en appel le 4 mars à verser 40 millions de tenge (soit plus de 100 000 euros) au directeur d’une clinique pour “diffamation”. Ces dommages et intérêts ruineux mettent en péril la survie du quotidien, une méthode d’étouffement devenue systématique ces dernières années. Fin octobre, les autorités ont eu raison du journal d’opposition ADAM, dont elles interdisaient année après année toutes les déclinaisons successives. Lassée par ce jeu du chat et de la souris, sa propriétaire Guljan Ergalieva a pour l’heure décidé de mettre un terme à ses activités.

L’internet kazakh n’a depuis longtemps plus rien d’un espace de liberté. Un décret daté du 26 janvier impose aux internautes et aux fournisseurs d’accès de se procurer un “certificat de sécurité nationale” auprès de la compagnie d’Etat Kazakhtelecom. Ce dispositif facilite l’accès des autorités aux communications et aux données de connexion et devrait leur permettre de déchiffrer le trafic crypté. Les condamnations d’activistes à de la prison ferme pour des posts Facebook se multiplient ces derniers mois : Ermek Narymbaïev, Serikhan Mambetaline, Bolatbek Bialov…

Déjà difficile, le climat est devenu suffocant pour la presse au Kazakhstan après la répression dans le sang des émeutes de Janaozen, en décembre 2011, et la fermeture de tous les principaux médias d’opposition nationaux un an plus tard.

(Photo: AFP photo / Stanislav Filippov)